Se bâtir une philosophie. La métamorphose (chap. 9)

Avoir une vie aussi intense est difficile à croire. Des périodes difficiles, on en a tous. Pour ma part, elles ont changé de nature. L’avant était difficile mais vécu dans l’inconscience, sans prise réelle sur la vie. L’après est tout aussi douloureux, mais le choix d’agir et de penser fait mieux passer la pilule.

A quoi correspond cet « avant » et cet « après » ? La Covid n’y est pour rien. Il me concerne personnellement. Il y a un déclic qui est arrivé sans prévenir. Pas d’ordre sentimental, affectif ou de choix personnel, professionnel. D’ordre médical. On ne dira jamais assez que les médicaments « chimiques » sont perturbateurs. Dès lors qu’on cesse un traitement que vous prenez tous les jours depuis des années, qu’on vous conseille de garder à vie « pour votre bien » et qu’on l’interdit sans explications du jour au lendemain, votre état physiologique peut en être bouleversé. C’est ce qui m’est arrivé.

La métamorphose ne s’est pas fait attendre. Bouffi avant, svelte après, retrouvant le corps d’athlète de sa jeunesse. De réservé à exubérant. En manque de confiance permanent, capable de m’exprimer tranquillement devant une foule. Léger, heureux de vivre, faisant des blagues sans arrêt, aimant le contact humain jusqu’à tomber amoureux tous les quatre matins. Se sentant fort, indestructible avec beaucoup d’énergie et de volonté. D’endurance aussi. 

Le langage coulait comme de l’eau claire. J’y mettais aussi du ton. Me permettant quelquefois des envolées lyriques, et pas uniquement seul. Cette nouvelle facilité dans le langage, la répartie, le bon mot, le mot d’esprit qui fait mouche, servait également à séduire, agacer (il y avait évidemment de la provocation) mais surtout persuader mon auditoire et les échanges avec l’entourage familier ou non. Quand je n’étais pas d’accord avec quelqu’un, je n’avais pas ma langue dans la poche et j’arrivais le plus souvent à désarçonner mon interlocuteur en le poussant à la faute (le mettant en colère) ou le piégeant dans ses propres contradictions.

Prenant les choses avec beaucoup de détachement, passant rapidement – sans oublier – sur les choses négatives ou peu importantes, allant de l’avant constamment. Bref, un autre homme était né. 

Les gens qui vous entourent se font souvent une image de vous et sont très troublés quand ils vous voient changer de la sorte. Dans le cercle familial, dans l’entreprise, les relations sociales. Vous devenez quelqu’un d’autre. Vous n’êtes plus dans la (leur) norme. Hors cadre mais toujours là, dans la même situation, sur le même poste. Vous ne pouvez plus, vous, vous recadrer. Mais les autres, en nombre, encore moins. Vous êtes censés être celui que tout le monde connaît mais vous êtes un autre que l’on ne RECONNAIT plus. Plus de reconnaissance, mais de la méfiance, du recul, des soupçons, de la mise à l’écart, voire du harcèlement moral.

Pour tenter de comprendre et aussi de lutter contre, c’était soit la fuite (qui peut se traduire par le suicide dans les cas les plus extrêmes), la soumission, le déni ou la lutte. La dernière solution, celle vers laquelle je me suis engagé, est la concorde. La concorde qui veut dire : « il s’est passé ça, c’est vrai ! Mais j’ai compris et je vais tenter de vous expliquer pour quelles raisons, finalement, cet événement amène à réfléchir sur pas mal de choses. Je vous les propose, en faites ce que vous voulez. Mon boulot a été de me défendre face à ce qui me semblait une très grande injustice, surtout dans les conséquences démesurées au regard des faits. La concorde veut dire que cet événement m’a permis d’avancer au-delà de ma personne et d’inventer un nouvel ordre de valeurs, ou de démontrer pas mal de choses. Qu’au final, vous soyez d’accord avec moi et qu’on avance ensemble maintenant sur autre chose ».

L’idée est de résister. De se battre, ne rien lâcher. C’est pareil pour tout le monde. Accepter une donne nouvelle, accepter que l’on soit un problème et tenter de le comprendre en soi-même, puis d’en justifier les causes et les conséquences auprès des autres. Trouver une stratégie pour retourner ce problème à son avantage.

Ce qui m’a beaucoup aidé c’est la philosophie. Elle apaise les peurs car elle prend de la hauteur sur les choses terre-à-terre qui ont tendance à nous étouffer. Et quand je cite Jean-Jacques Rousseau, naturaliste mais surtout fondateur de la démocratie moderne, ce n’est pas par hasard. L’idée de nature m’est très chère. En effet, elle peut nous sauver ( je répète que finalement, elle est seule juge sans juger…) car étant des êtres naturels, nous avons tout comme une chenille devient papillon ou l’acacia fleurit, le DROIT comme tout autre être vivant d’exister, de grandir, de se tromper, d’être heureux… et de mourir.

Les hommes sont trop accaparés par leur espèce. Ce monde anthropique, modelé par la main de l’Homme. Il y a fait son jardin à son avantage et pour son profit. L’anthropocentrisme, favorisé par les dogmes religieux et « la civilisation du progrès (industriel, technologique, numérique)« , fait oublier que l’Homme n’est finalement qu’une poussière dans l’Univers, au même titre que le brin d’herbe ou le microbe. Et ce qui importe le plus aujourd’hui, ce n’est que de s’en remettre à tout ce qui concerne l’Homo Sapiens. Ils s’entretiennent entre eux et passent plus de temps à s’invectiver, se faire de mauvais coups qu’à véritablement ÉCOUTER la Nature. Cette nature qui peut nous apporter beaucoup. C’est une idée que j’ai du mal à traduire. Mais pour moi il y a quelque chose d’important. D’utile.

(12/08/2020)

Publié par

georgescinq

Passionné de littérature et de philosophie, j'écris de la poésie, des articles et de la prose que je voudrais faire partager. Ce blog ouvert le 26 décembre 2017 où quelques créations sont mises en ligne va s'enrichir progressivement d'autres éléments comme des photos, des liens vers d'autres sites, textes d'auteur.e.s... (en respectant la propriété intellectuelle).

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