C’est un beau roman…

L’envie d’écrire un roman arrive un jour ou l’autre pour celui ou celle qui a déjà un peu « tâté » de l’écriture, pour peu qu’il se sente capable de le faire. Mais comment savoir si ce « grand » projet sera à la hauteur, afin d’être retenu par un éditeur ? Car, la finalité de l’écrivain est d’être lu, donc publié.

 

Comme n’importe quel autre métier, l’écrivain est un maillon de la chaîne de la fabrication du livre. Selon l’essayiste et philosophe Roland Barthes, la VRAIE littérature ne peut se concevoir autrement. Pour les autres qui publient en rapport avec leur métier ou sur des thématiques particulières (sciences, sciences humaines, santé, etc…), ils ne sont que des « écrivants » interview Barthes La Littérature . Tout comme le menuisier ou l’instituteur, l’écrivain est un professionnel occupé tout entier à sa tâche. L’œuvre de Marcel Proust (« A la recherche du temps perdu ») est née du constat du narrateur que pour atteindre une liberté pure, il devait se consacrer corps et âme à l’écriture et abandonner les soirées mondaines. L’écrivain donne le plus bel exemple quant à la décision d’écrire La leçon de Marcel Proust selon Roland Barthes

 

À l’époque actuelle, d’autres chemins existent pour être lu. La Littérature avec un grand L que décrit Roland Barthes existe t-elle encore ? Est-elle noyée dans le foisonnement de publications multiformes, autorisées ou non, marchandées ou gratuites, protégées par droits d’auteurs ? Que risque quelqu’un qui publie son roman de 500 pages à partir s’un site d’hébergement gratuit ? Son contenu perd-il pour autant son intérêt littéraire ?

 

Mais ici, l’écrivain perd ce que Barthes appelle ce travail d’artisan et ce métier rémunéré qui fait aussi travailler la filière (imprimeurs, éditeurs, libraires, publicité, promotion-communication) et qui le relie à la société. Au delà de l’importance économique du secteur de l’édition, notre monde formaté, aseptisé et fade a l’obligation de produire de la littérature. Car chaque œuvre littéraire possède cette singularité, du sens, cette vision unique (qu’on pourrait multiplier par le nombre de lecteurs)… Et, quelque part, la réalité de la Vie et certaines vérités se trouvent de ce côté.

 

(8/08/2018)

Bonheur ou malheur

Tout dans ce qu’ils vivent est bonheur

Rien de plus beau de l’existence que la leur

Les sens en émoi chaque jour se déploient

Beauté des choses et de l’Amour ici-bas

 

Le chaos du Monde pourtant est là

Hommes, animaux, végétaux et minéraux

Malades d’un trop plein d’idéaux

Incapables d’imaginer un autre contrat

 

L’homme, animal raisonnable, reste le Maître

Au royaume des profits et du mépris

Que faire, sinon prier, ou mieux s’indigner

L’issue est dans chacun de nous

 

(20/07/2018)

Vendredi 13

Aujourd’hui vendredi 13, l’occasion de parler d’un thème philosophique (sans doute le plus crucial), même si son origine (la superstition) remonte à l’époque de Jésus et à la Cène. Lui et ses disciples sont treize à table, dont Judas. On connaît la suite …

Mais le sujet dépasse la simple croyance. Il nous parle de chance, de hasard, de malédiction, de destin. J’avoue n’avoir pas assez de culture philosophique pour exposer par A + B ce qu’on en dit les penseurs depuis l’Antiquité. Mais il est question je crois d’une question essentielle, celle de savoir si nos vies sont dictées par une main divine ou construites par notre seule volonté et libre arbitre. Destin tragique ou contrôle de nos existences et de fait de leur organisation sociale et politique ?

Par delà les considérations sociales justement, sommes-nous tous égaux dans le fait d’avoir ou non de la chance, d’être heureux, d’être libre ou esclave ? Pour Spinoza, ce sont les croyances et les superstitions qui nous poussent à avoir des « passions tristes » qui génèrent de la frustration, de la peur et de la colère (voire de la violence).

Dire par exemple « je n’ai pas de chance », c’est déjà rajouter à une ambiance défaitiste. Quoi faire ? Croiser les doigts, faire un nœud à son mouchoir, prier ? Ou laisser ce beau hasard nous donner à voir, à rencontrer, à aimer, à choisir ou pas. « Persévérer dans son être » selon le philosophe hollandais et admettre que nous ne devons pas séparer le spirituel du matériel et considérer que nous sommes tous créatures de « nature » et donc n’avons pas à craindre du mauvais sort.

Simplement, simplement si Dieu existe, j’aimerais qu’il fasse gagner la France lors de la finale de la Coupe du Monde dimanche. j’en profiterais aussi (pour forcer un peu plus le destin) pour ne surtout pas dire que nous sommes favoris. Pourquoi ? Par superstition.

(13/07/2018)

 

Tragique destin

Il n’est pas de ceux qui se laissent abattre
Dans ses cartes il a beaucoup d’atouts
Tel un funambule sur son fil il regarde devant
La tête droite, le regard fixe, les cheveux au vent

Bien sûr de ce piédestal, tout en assurance
Certains aimeraient le voir tomber, du moins se contrire
De ce destin imparable dont personne n’est coupable
La vie n’est pas un long fleuve tranquille

Que la morale guide de sa main de fer
Quelle que soit la manière
Chacun a le droit de conquérir sa Liberté
Pour le meilleur et pour le pire

(9/05/2018)

Poésie est magique !

Y a t-il un secret pour écrire une bonne poésie ? Non, pas de secret, pas de recette miracle, pas de magie… Il y a magie, oui, à l’arrivée, quand l' »œuvre » livrée résonne dans les oreilles de son auteur puis de chacun, parle à un imaginaire, un rêve dont nous tous avons fait l’expérience mais qui ne s’est pas cristallisé dans des mots et une musique particulière et sensible. Cette émotion, nous la ressentons tous, pour ceux qui en apprécient le rythme, les sonorités, le thème ou le message.

Lorsque j’ai commencé à écrire des poèmes, j’ai parlé de « fulgurance » à une amie. J’avais écrit trois poèmes de suite sans trop réfléchir à ce que j’allais y mettre. De l’improvisation totale pour satisfaire un besoin quasi vital. Ou une motivation telle de savoir que je pouvais le faire que je m’y suis mis corps et âme. Comme quelqu’un qui reprend une activité dont il a été privé longtemps et qui met tellement de cœur à l’ouvrage, de concentration, d’application, qu’il est lui-même surpris du résultat… (Je rappelle que je n’ai aucune prétention dans ce que j’écris mais que je suis satisfait de ce que je crée, c’est déjà un début !).

Ces premiers poèmes, je ne les ai pratiquement pas modifiés. Ce besoin d’écrire intervenait aussi dans un moment difficile de ma vie où tout se bousculait, autant sur le plan psychologique, sentimental que professionnel. Il fallait absolument que j’exprime mes états d’âme, mes douleurs et sentiments qui, eux aussi, s’entrechoquaient. Puis cette sorte de magie a opéré mais dans des conditions particulières : en pleine nuit, alors que le sommeil ne venait pas, les mots, les phrases, voire les rimes sont arrivés un peu d’eux-mêmes par la pointe de mon plume. Comme si ces mots et ces phrases existaient déjà en moi. J’exprimais alors tous ces sentiments heureux ou malheureux que je ressentais en y apportant une forme, un style qui n’était pas du tout recherché. Tout se construisait comme les pièces d’un puzzle qui était éparpillé. Mais je faisais bien attention à ne rien dévoilé de personnel ou intime. Ce que j’écrivais, tout le monde l’aurait aussi écrit. C’était de l’ordre de l’universel, de l’humain : où l’on retrouve toujours les mêmes thèmes : l’amour, le manque, la jalousie, la joie, la douleur, l’humour, etc…

Etant maintenant beaucoup plus stabilisé, l’inspiration poétique me vient moins naturellement. Et c’est justement par une recherche « précise » que j’envisage une nouvelle création. Je me donne d’abord un thème (avant c’était une sorte de « figure imposée ») puis je puise dans tout ce que l’esprit, la raison, l’imagination, les sentiments, la mémoire me donnent comme « matière première ». Il y a énormément de sources d’inspiration dans notre vie et nous ne le savons pas. Pour ma part, cette inspiration me vient des auteurs, des artistes en général, de la Nature et des gens que je rencontre.

(01/05/2018)

Besoin de rien

Impossible de tout voir

De tout expliquer et croire

Impossible de tout lire

De tout écrire et pouvoir

 

Pourtant je veux savoir

Tout du monde avant de déchoir

Car je ne me satisfais de rien

Toujours en quête dans ma tête

 

Notre vie a besoin de rien

Nous qui voulons tout régir

Faire silence pour mieux entendre

Ce qui nous relie au monde

 

(04/04/2018)

Poème forcément triste ?

 – 10 ° C demain et mon dernier poème « plus encore » est toujours d’actualité. J’espère seulement que tout ne va pas se figer et annoncer une nouvelle ère glaciaire ! j’aurais l’impression d’être un oiseau de mauvais augure ou un prophète des temps modernes (bien que le poète figure parmi ses synonymes)…

Les annonces sont toujours marquées par la catastrophe, le changement, une révolution quelle qu’elle soit. Souvent quelque chose de négatif, à part les révélations religieuses qui font espérer un sauveur. N’entendons pas à longueur de journées que le climat se dégrade et qu’il est temps de faire quelque chose (depuis combien de temps le dit-on ?), que ce que nous mangeons et respirons est infesté de substances néfastes ? Je me suis demandé, après une remarque sur ce dernier poème, si la poésie était toujours un peu triste ? Et si elle en  rajoutait  au pessimisme ambiant ? La vraie poésie, celle qui vient du cœur, voire des tripes, est-elle comme le déclamait Alfred de Musset dont « les plus désespérés sont les chants les plus beaux ».

Je suis tombé par hasard sur un poème de Baudelaire que je voudrais vous faire partager. Il s’intitule « Horreur sympathique » : « De ce ciel bizarre et livide, / Tourmenté comme ton destin, / Quels pensées dans ton âme vide / Descendent ? réponds, libertin. // Insatiablement avide / De l’obscur et de l’incertain, / Je ne geindrai pas comme Ovide / Chassé du paradis latin. // Cieux déchirés comme des grèves, / En vous se mire mon orgueil, / Vos vastes nuages en deuil / Sont les corbillards de mes rêves, / Et vos lueurs sont le reflet / De l’enfer où mon cœur se plaît. » (Les fleurs du mal, Spleen et idéal, n°82).

Baudelaire n’est peut-être pas le bon exemple pour dire si la poésie est triste ou gaie… Dans tous les cas la poésie, si elle est bien faite, est belle qu’elle soit triste ou joyeuse. Et c’est la beauté qui touche. La beauté et la gravité que tout homme – dont le poète – porte en lui.

(26/02/2018)

Plus encore

Le fleuve cette année là s’était figé

Des brises – glaces avaient même été dépêchés

De sa dureté le froid avait changé le décor

Et la ville révélait un autre monde et plus encore

Péniches emprisonnées, eau gelée et marronniers givrés

Neige blanche de salissure des chaussées au blanc scintillant des lueurs

Des dégradés de gris à foison des tons de brumes aux toits des monuments

Un silence assourdissant ou si soudain de brutalité

Les rayons du soleil tardaient à apparaître

Car le fog épais s’évaporait quand il voulait

Dans mes souvenirs mon esprit aussi s’était arrêté

Avant de repartir le temps de se réchauffer

(7/02/2018)