Intime étrangère

Nous ne nous sommes jamais vus

Tous deux nus et reclus

Pourtant attendant l’instant fébrile

De réunir deux corps en péril.

J’entends cette voix mignonne

Ronde comme une pomme

Me réciter les vibrations du coeur

Celles des peines, ma muse, ma sœur.

L’hiver pointe le bout de son nez

D’innombrables oiseaux piégés

Réclament notre pitié et souvent

S’envolent au firmament.

Que serais-je sans toi dans l’horizon

Blême de jeux sans passion ?

Nos aîles encore solides prêtes

A reconquérir Liberté et fêtes ?

Dans cette parenthèse inenchantée

Nous restent que mots, paroles, choses rêvées.

Les sourires, baisers viendront plus tard

Laissons douloureusement faire le hasard.

Tard mais sûrement nous prendrons la part,

Promise d’un nouveau départ.

Car je regarde autour de moi, la Nature me sourit.

Elle n’attend que nous sur le chemin de la Vie.

(21/11/2O20)

Douleur d’aimer

Coeur serré

Pieds usés

Yeux vides

Joues humides.

Oublier le souvenir

De ces baisers

Qui ne m’ont pas quitté

M’empêchera de mourir.

Je fonds devant toi

Tout en moi se dilate.

Remisées les cartes

Rien n’est plus qu’émois.

Je ne vois que des bouts de toi.

Chacun est un pic me traversant

Brûlant autant que glaçant.

Perdu en moi les bras en croix.

Douleur, je te garde jalousement.

Emmène-moi mort ou vif

Dans les déserts du temps,

Garde – moi entre tes griffes.

Pourtant jamais plus heureux

Que moi aujourd’hui.

Dans cette folie, je vis.

L’amour est là, radieux.

L’errance est mon royaume

Entouré de fantômes.

Ma vie est un rêve

Où règnent mille reines.

Chacune est un mystère aîlé

D’où surgissent de multiples manières.

Je ne peux les empêcher d’aimer

L’amour est sans barrière.

(27/07/2020)

Se bâtir une philosophie (chap. 8)

Cette situation de crise sanitaire mondiale et ses conséquences désastreuses, voire cataclysmiques se sont « invités » dans un débat personnel. Il ne pouvait en être autrement puisque cette forme de création de type « journal » est fortement dépendante de l’environnement et du temps immédiat. Et l’on peut dire que, dorénavant, toute création aura un goût de COVID.

Je voudrais dire en premier lieu que je ne suis pas responsable de cette crise. On pourrait en effet le croire quand on relie et retrace tout mon itinéraire d’écriture où j’annonce, littérairement parlant, qu’un poète est prophète, pour le meilleur et pour le pire. Mais je ne crois pas en ces superstitions stupides. Ce que je crois, en disant que la nature est tout et que nous avons pris une mauvaise route (comme le disait Jean-Jacques Rousseau), est qu’en effet nous payons les erreurs du passé. Ce qui m’ horripile est que l’homme n’est plus homme. Il est devenu objet.

L’homme n’a plus de prise sur lui-même en tant qu’individu mais non plus sur l’organisation de sa vie de citoyen libre, en relation avec les autres. Il n’y a plus de communauté humaine. Nous sommes tous dépassés par des enjeux économiques, mercantiles, ethniques, nationalistes, idéologiques. Femmes et hommes sont des animaux sociaux. La mondialisation en a fait des cerveaux vides, accaparés par les richesses, le pouvoir, la corruption, la violence.

Pour moi, la goutte d’eau qui a fait débordé le vase est la soumission à l’illusion du bonheur qu’incarnent parfaitement les nouvelles technologies, internet, les réseaux sociaux. Les menaces aujourd’hui ne sont plus les attaques nucléaires. Mais les cyber attaques. Il n’y a plus de droiture, d’honneur. Tout est sournois, impalpable. Et cela concerne non seulement les États entre eux, mais aussi les communautés et individus entre eux. Tout le monde se méfie de tout le monde.

Et cette crise du Covid n’arrange rien à l’affaire. Elle est comme si, je le répète (et je ne suis en rien un nouveau Nostradamus), un signal important nous forçait à penser, vivre autrement. Mais pour cela, il n’est pas la peine de brûler des livres ou trouver quelque bouc-émissaire bien pratique. Si le monde entier et ceux qui nous dirigent pouvaient réfléchir une seconde à tout ça et laisser tomber leurs égos, leurs chasse-gardé, leurs intérêts personnels. Ce qui compte avant-tout, c’est de sauver cette planète qui se meurt à petit feu. Mais, pour y parvenir, nous devons d’abord retrouver du lien, de la confiance en l’autre et s’affranchir des barrières qui nous empêchent d’avancer.

(3/08/2020)

Se bâtir une philosophie (chap.7)

Toutes les cartes sont rebattues. Mon projet d’expérimentation philosophique aussi. Mais cette crise du Covid-19 nous force à la réflexion. Plus que jamais. Prenons garde toutefois à ne pas prendre tout ce qui est dit –  notamment dans les médias (y compris les réseaux sociaux) –  pour argent comptant. Ces paroles abondantes, omniprésentes, contradictoires ajoutent encore de la peur pour une maladie dont les conséquences s’avèrent être plus graves encore que la pathologie elle-même. La France, le monde se rend compte que des maladies inconnues pouvaient encore toucher l’homme.

 « Se bâtir une philosophie face à la pandémie » pourrait être le 7ème chapitre de cet essai à épisodes. Tant de choses à dire là-dessus. On ne peut pas tout dire, tout expliquer, tout encaisser, tout digérer. Le meilleur moyen de traverser cette « tempête » sans dommage est bien de se concentrer sur des objectifs précis, limités qui sont « dans nos cordes » et nous apportent une certaine satisfaction. Du plaisir pour ainsi dire, dans la douleur de cet environnement confiné, empêché, cause de frustrations diverses. Dans l’action, pour aider, échanger, faire, créer, jouer… et dire à bon escient. Apprendre à se taire. Si cette situation peut engendrer plus de vertu aux hommes, elle ne peut qu’être bénéfique.

Beaucoup déjà pensent au « monde d’après ». Ce serait si simple de dire : « Voyez, nous avions raison de critiquer cette organisation mondialisée, cette gestion marchande de la santé, l’inhumanité d’un monde relié par des intérêts économiques mais insensible aux conditions sociales, environnementales, politiques des pays avec qui nous échangeons. Davantage préoccupé par nos propres intérêts, pourvus que NOS concitoyens bénéficient du confort maximal. » Évidemment que cela est vrai. Mais l’après sera plus compliqué. On ne change pas de société comme ça par un claquement de doigts, même si l’évidence du propos nous met au pied du mur !

Dans six mois peut-être, tout sera oublié et le monde d’avant continuera. Il se peut alors qu’on sourit et qu’on plaisante à l’ambiance de folie collective qui nous a envahis alors. Alors que cela n’en valait vraiment pas la peine. Je ne minimise pas cette crise dont certains comparent à celle de 1929. Nous sommes pourtant trop dans l’instant, l’immédiateté, l’émotion sans savoir vraiment ce que les historiens pourraient en déduire a posteriori, analyser de façon objective ce que fut cette période.

Une pandémie au 21ème siècle est-elle plus grave qu’une grippe « espagnole », du choléra ou de la peste qui ravagèrent au moyen-âge la moitié de l’Europe ? Attribuer ce Coronavirus à la mondialisation ou au capitalisme est un peu court. Il ne peut à lui seul justifier d’un changement radical, d’autant que les gens n’y sont pas prêts, même si cela leur permet de retrouver les bonnes valeurs de l’entraide, du sacrifice, du lien social. Entre toutes les « classes » sociales car toutes sont touchées.

Faut-il ce moment de « terreur » qu’il soit à ce point déclencheur d’une prise de conscience pour que les gens, gouvernants compris, se rendent compte de l’absurdité du monde que nous acceptons depuis des décennies ?

Mon propos dans cet essai était de dire que c’est bien la nature qui fait loi. Pour survivre, je me réfère qu’à elle. C’est elle qui me guide. Car elle est vérité. Elle est sens du monde. Elle est ordonnancement du monde. Les virus sont des êtres vivants comme vous et moi. Ils ont autant le droit que nous d’exister et de prospérer.

Cette pandémie, outre les prédictions alarmistes et mortifères que des prédicateurs, gourous politiques, religieux ou sectaires veulent tirer avantage, nous permet de prendre une grande respiration d’air pur, de redécouvrir le silence, d’observer la nature qui se déploie tout d’un coup sans être contraint de quoi que ce soit. Cela passera, comme d’autres pandémies sont passées. Mais d’autres catastrophes arriveront. C’est un signe, un signal que nous devons prendre en compte. Qui nous invite à plus d’humilité face à la complexité, la diversité, au mystère d’un monde que nous admirons mais que nous tuons depuis longtemps sans nous en rendre compte.

(30/04/2020)

Se bâtir une philosophie (chap. 6)

Bien des choses ont changé depuis le dernier article. Les propos évoqués sonnaient comme une alerte. Puisque l’idée était de savoir pourquoi le monde ne tournait plus rond. Force est de constater qu’il s’est emballé et le 20ème siècle le montre à tous les niveaux. L’Homme cupide a continué à piller les ressources, polluer les sols, l’atmosphère et, par conséquent, les êtres vivants aussi. Cette société des hommes corrompue, avide et brutale a entraîné les pires guerres, massacres sans que rien ne change – mais pire, s’aggrave – durant des décennies.

Pour revenir à mes moutons, l’idée de départ était de comprendre, à partir d’une expérience personnelle, comment pouvoir résister à une ou des situations qui vous accablent, vous condamnent au repli et à l’oubli où tout abandonner est le meilleur des choix à faire. Cette réflexion intime, construite autour de créations artistiques (poésies, nouvelles…), d’intuitions et finalement de convictions, prenait sa source dans ce que l’homme peut ou ne peut pas. Dans sa capacité à s’élever, à « reprendre  conscience » et donc confiance. Dans ses possibilités d’agir et de CHANGER. Se changer lui-même mais aussi influencer et changer autour de lui. Et, idéalement, à l’échelle d’une communauté humaine.

Depuis 15 jours, nous vivons en France mais aussi partout dans le monde une crise majeure (rappelons que les épidémies et pandémies ont toujours existé, elles furent – jusqu’à maintenant – pires, nous l’aurions sans doute oublié ? ) qui menace nos vies et bouscule nos habitudes. Provenant d’animaux, parti d’une région de Chine, un virus inconnu jusqu’alors mais très contaminant et surtout mortel, le Coronavirus – ou « Covid-19 – se répand depuis plus de quatre mois à travers la planète et a provoqué la mort de plus de 30 000 personnes. En France, on comptabilise des milliers de morts. L’épidémie est si forte que les hôpitaux et services de santé sont saturés et peinent à trouver des lits de réanimation pour les cas les plus graves. Aucun vaccin, aucun remède, aucun protocole médical fiable n’a encore été trouvé. Les populations les plus fragiles, les plus vulnérables (personnes âgées, malades… ) sont les plus touchées. Ce sont vos propres défenses immunitaires, votre seule capacité à vous défendre qui vous sauve…

Au – delà de ces conséquences sanitaires dramatiques, les autorités de tous les pays du monde ont dû prendre des mesures radicales de confinement pour empêcher la propagation de la maladie. Tout le monde doit rester chez soi et les sorties (une seule par jour, pas plus d’une heure et ne dépassant pas un rayon d’un kilomètre) strictement règlementées sous peine de lourdes amendes voire de prison ferme en cas de récidives.

Tout le monde ne parle que de ça. Ce danger permanent, invisible crée de l’anxiété, de l’angoisse. Le confinement enlève (et cela pourrait durer encore de nombreuses semaines) cette Liberté fondamentale de circuler partout librement. Il crée de l’inactivité pour beaucoup, pour les personnes mais aussi pour l’économie qui est au ralenti. Les écoles fermées, de la maternelle jusqu’aux universités, les magasins non alimentaires également. Tout cela entraîne du chômage « technique », partiel et des fermetures d’entreprises, de sociétés collectives et individuelles.

Mais, pour d’autres qui sont dans des secteurs indispensables à la continuité, je dirais même à la survie de la population (santé, médias, services publics de l’eau, de l’énergie et de traitement des déchets, sécurité, transports, production et distribution de biens alimentaires… ), il n’est pas question de « quitter le navire », même si une bonne partie de ces salariés ont été contraints de se mettre en arrêt maladie, notamment parce qu’ils ont été atteints par le Coronavirus. Ces personnes courageuses car en première ligne, au contact qu’ils sont des malades, des clients et du public, sont plébiscités par l’opinion. Tant sur les réseaux sociaux qu’à travers les témoignages de soutien qui leur sont apportés symboliquement (les appels aux dons se multiplient également) tous les soirs à 20 h (à cette heure précise, les gens se mettent à leurs fenêtres et applaudissent).

(2/04/2020)

Se bâtir une philosophie (Chap. 5)

Depuis le dernier chapitre, j’évoquais le plaisir de remplir de longues soirées d’hiver. De pensées, d’idées, d’interprétations possibles sur le sujet qui nous intéresse. Cet hiver a fait long feu ou a fait Pschitt, puisque depuis le 21 novembre, cette saison supposée froide voire glaciale ne s’est véritablement jamais installée. Et depuis quelques semaines, la douceur domine… Nous voilà donc peut-être déjà au printemps ! Trois mois après ce 4ème chapitre, l’idée de soirées – tricot s’est avérée anachronique et très décalée.

Mais la pensée, elle, a continué son chemin. Et, même si rien n’a été écrit, beaucoup de choses se sont construites. Autour de ce sujet, autour de la question sociale et politique, ce fil tiré où des compréhensions, intuitions, convictions apparaissent au regard d’événements intérieurs et extérieurs.

Justement, cette volonté de reprendre l’idée saugrenue (à l’époque, pas pour des contemporains éclairés), à travers ses deux discours (« Discours sur les Sciences et les Arts » et « Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes »), le philosophe voulant repartir des bases de l’humain, apporte un éclairage sur cette perte d’échelle (nous ne sommes plus « au niveau », plus « raccord ») que nous connaissons actuellement.

Entre l’époque des philosophes des Lumières et la nôtre évidemment un fossé. Pourtant deux siècles « seulement ». Jean- Jacques Rousseau revient bien en arrière dans le temps, dans le temps des Anciens dans l’Antiquité, berceau de la Démocratie : « Les Anciens politiques parlent sans cesse de mœurs et de vertu. Les nôtres ne parlent que de commerce et d’argent… Que nos politiques daignent suspendre leurs calculs pour réfléchir à ces exemples, et qu’ils apprennent UNE FOIS qu’on a tout avec de l’argent, hormis des mœurs et des citoyens « .

Il faut croire que le monde s’est emballé depuis. Et nous en subissons brutalement les conséquences aujourd’hui. Il y a cette idée que l’idéal démocratique et le contrat social proposé par JJ Rousseau n’est plus possible. Mais elle est à réinventer. Il y a deux siècles, les précurseurs du progrès, des Sciences et des Libertés, n’avaient sans doute pas idée du monde actuel.

Certes, le terme « écologie » est relativement ancien. L’allemand Ernst Haeckel l’a défini en 1866. Scientifique, naturaliste mais aussi philosophe et théoricien politique, il appartient au courant moniste. Le monisme dit en substance que tout est lié et relié, qu’il n’y a pas de séparation entre les choses matérielles, le corps et l’esprit, la conscience. Pas de dualité. Son concept était de bâtir une société basée sur l’écologie. Une écologie théorisée, élevée comme Pierre angulaire d’une société harmonieuse, respectueuse de l’environnement (terme mal choisi car l’homme en fait partie intrinsèquement), mais demeurée une science, nouvelle certes, mais à l’égal des autres.

On peut regretter que cette Science finalement essentielle n’ait pas eu meilleur sort tout au long du 20ème siècle…

(17/02/2020)

Se bâtir une philosophie (chap. 4)

« Le progrès des Sciences et des Arts corrompt les mœurs, parce que les sciences, nées de l’oisiveté, engendrent la richesse et que les arts provoquent le luxe et la fatuité ». C’est ce qu’écrit Bernard Gagnebin dans la préface des « Ecrits politiques » de Jean-Jacques Rousseau, réunis dans la Pleïade, pour résumer la pensée du philosophe du 18ème siècle, auteur du fameux « Contrat social ». Bien avant de théoriser sa vision politique d’une société souveraine (à l’origine des régimes démocratiques), Rousseau participe au concours de l’Académie de Dijon dont le thème est : « Le rétablissement des Arts et des Sciences a t-il contribué à épurer les mœurs ? »

Rousseau est intéressant car il remet l’Homme au cœur de ce qui constitue la société. Dans mon approche philosophique, son idée de retrouver l’Etat de nature et de s’y conférer essentiellement ou d’y trouver les raisons d’espérer me plaît bien et vient à point nommé… Dans cette réflexion de chercher à savoir ce qui lie les individus d’une société ou d’un Etat entre eux et ce qui les empêche de se désunir, le citoyen de Genève revient aux origines.

Ma question était bien de répondre et d’expliquer, en traçant un raisonnement logique, dans quelle mesure, individuellement, l’intuition sur le rôle et/ou l’importance de la « loi naturelle » permet de résister à une vie difficile, moins dure sans doute qu’il y a deux siècles mais « corrompue » également, d’une autre façon et dans un autre contexte. Cette intuition ne vient pas d’elle-même, elle s’est construite dans mon esprit à travers l’écriture, dont la poésie mais aussi un roman autobiographique inachevé, dans une structuration d’exercice réflexif.

Car, l’essence même de notion de nature contient toute la panoplie des sens de l’Homme, donc de ses émotions, dans ce qu’il y a de plus vraie (réelle), sincère, voire éthique (pour Rousseau sans aucun doute). Quand je conclue dans le chapitre 3 que le dérèglement n’est pas seulement climatique mais est aussi lié aux Hommes, plutôt à leurs raisons, ça ne date donc pas d’hier ! Rousseau et avec lui, Hobbes, Locke, Montesquieu et d’autres, beaucoup de philosophes de l’époque réhabilitent l’Homme « sauvage », vivant dans un environnement naturel en bonne harmonie.

Certains, à la lumière de ce qu’ils voient à l’époque, considèrent que l’Homme a rétrogradé depuis l’époque Antique, référence par excellence. Et visent « la cupidité de l’Homme, son ambition dévorante, son appétit de domination, sa passion pour l’argent. » (Bernard Gagnebin, « Introductions ». « Ecrits politiques ». Jean-Jacques Rousseau. Collection La Pleïade. Editions Gallimard. 1964.). Pour Rousseau, et avant Proudhon, dès que l’homme a voulu s’arroger le droit de posséder, cet instinct de propriété a créé inévitablement le désordre… (« Le premier qui ayant clos un terrain s’avisa de dire Ceci est à moi et trouva des gens assez simples pour le croire , fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne ». JJ. Rousseau, cité dans « Introductions aux Ecrits politiques »).

Si certains pensent l’homme mauvais (Hobbes, auteur de la célèbre citation L’Homme est un loup pour l’Homme) en tant qu’individu, le citoyen genevois estime que c’est la société dans son ensemble et son organisation – politique – qui ont favorisé les conditions de la disparition de la vertu et la prééminence de la corruption.

Rousseau, dans un de ses premiers « Ecrits politiques » jette un pavé dans la mare ou fait un sacré « buzz » ! A l’époque des Lumières, faites de certitudes cartésiennes basées sur la raison et le progrès scientifique et technique, et alors que la révolution industrielle est en marche, certains nous disent, « Attendez ! Revenez en arrière, nous avons fait fausse route !! »

Aujourd’hui, nous voyons que les idées du philosophe n’ont pas vraiment abouties positivement. Pourtant, beaucoup de partis, de gouvernements, de chefs d’Etat s’en sont inspirés (je pense à Fidel Castro, mais je pourrais en citer d’autres, moins extrêmes). Mais, on est très loin de retrouver les valeurs humaines premières mises au service de l’intérêt général dans ce projet de Contrat social où les citoyens décidant et s’accordant sur un pacte équitable du « vivre ensemble » s’épanouissent dans une société heureuse.

Je pourrais continuer indéfiniment à parler d’auteurs, de grands philosophes et d’y trouver des solutions à mes propres questionnements ou à ceux du monde. En philosophie, quand on commence à tirer un fil, d’autres le rejoignent, ils s’entremêlent et ouvrent toujours d’autres directions, perspectives, concepts… cette pensée est infinie. C’est une sorte de grosse pelote de laine à disposition… Heureux celui qui peut, les longues soirées de lecture et de réflexion, se confectionner un pull bien chaud pour l’hiver… (à suivre)

(21/11/2019)

Se bâtir une philosophie (chap. 3)

Ce qui nous fait résister à une vie difficile à vivre, c’est (pour ma part), la certitude qu’il est possible de raisonner dans le rapport que les êtres humains ont ou sont avec le monde. Monde ou plutôt nature dans ce qui regroupe l’air, les végétaux, les animaux, la terre, les mers et océans, le vent, le soleil, les astres, etc… Tous les éléments naturels existants et connus qui n’ont pas la capacité du langage, d’une conscience, n’étant pas pourvus d’un esprit de raison.

Ainsi, si dans nos conduites de vie, il nous apparaît que les actions pourraient être condamnables et condamnées, nous devrions nous en référer essentiellement à la Nature. Moi-même, initialement être « naturel », le seul jugement valable concernant ces actions ne peut être que celui que la Nature me renvoie.

Pourtant, dans nos sociétés actuelles, l’on ne peut se positionner qu’à l’échelle des communautés humaines, porteuses de lois, de références religieuses, dogmatiques ou idéologiques. On nous a appris dès l’enfance ce qui est bien et ce qui est mal, ce qui est bon pour nous et ce qui est mauvais. Et, au-delà des lois et règles en vigueur, respectées ou non, il y a les idées de chacun sur le bien et le mal. Les jugements « libres » qui, selon les caractères, émotions, sentiments, opinions, parti pris, varient sous une forme particulière et individuelle ou de façon collective et sont consentis dans toute société libre et démocratique.

Or, ces idées et jugements ne se basent rarement sur un « ordre naturel », à part peut-être dans des sociétés qui se sont développées en contact et à l’unisson de la nature à l’instar des peuples primitifs. Pendant des siècles, voire des millénaires, l’Homme s’est éloigné de cet état de nature, en développant des cultures à travers les techniques, les sciences, les Arts (de la guerre le plus souvent)…

Non seulement en voulant la comprendre (la nature) et l’expliquer mais aussi et surtout en voulant la dominer, allant jusqu’à massacrer ses semblables afin de conquérir de nouveaux territoires, y puiser des ressources et y installer sa main mise et développer une expansion économique et politique.

Il se trouve , en tout cas, JE trouve que nous sommes arrivés à un point ultime, voire de non-retour. Bien sûr, on peut évoquer le dérèglement climatique, le réchauffement de la planète, le pillage et l’épuisement des ressources, le fossé grandissant entre des puissants exploiteurs et des peuples perdus sans plus aucune identité. Les dégâts sont immenses et certains parlent même d’une « fin du monde » imminente.

Mais, il n’y a pas que la Nature qui est touchée. Il y a un certain dérèglement dans les esprits et les raisonnements. (à suivre…)

(13/11/2019)

Se bâtir une philosophie (chap. 2)

Créer les conditions d’une vie confiante voire heureuse, pour soi (donc un peu aussi pour les autres) grâce à la philosophie est relativement banal. Créer une philosophie comme on crée un mode d’emploi que chacun s’applique à soi-même est plus ardu.

Et mieux, survivre à son concept et rejoindre le Panthéon des grands philosophes de Platon à Derrida dépasse votre « simple » personne et vous rapproche de l’universel et du genre humain.

Dans cette recherche plutôt récente de la confrontation d’une expérience personnelle et de textes et concepts philosophiques, une ou plusieurs idées ont néanmoins émergées. Ces idées sont venues pour ma part d’une nécessité, de celle dont parle Gilles Deleuze lors de ses cours donnés à Paris 8 sur la peinture. Ce besoin naît d’une « catastrophe » , celle représentée dans des tableaux d’avalanches, de tempêtes.

Mon désir soudain d’écrire, de faire des poésies notamment, vient d’une catastrophe. Catastrophe vécue et contenue dans l’acte créatif. Tout se désagrège, éclate et se dissout dans l’écriture.

Mais pourquoi je soigne mes maux qui sont chaos et catastrophe à tout point de vue ? Sans doute parce que je m’en libère. Je dépose à côté de moi les débris. Et imagine un après.

Parler d’optimisme et d’entrain en effet, cela est maintenant possible.

(16/10/2019)

Se bâtir une philosophie

Depuis la création de ce blog, écrivant des poésies, parlant de création d’écriture, de son origine, citant des auteurs et des philosophes, il me semble qu’une idée se développait, que se bâtissait une philosophie, « ma » philosophie. Je serais bien présomptueux de dire que je suis devenu un philosophe (à ce propos, je vous conseille d’écouter l’émission du vendredi de l’émission les « Chemins de la philosophie » sur France Culture où des philosophes sont invités à parler de leur « métier »). Je suis sans doute devenu d’abord philosophe avant d’être un philosophe, n’ayant aucune légitimité, sans diplôme, pour enseigner par exemple. Bâtir une philosophie, par rapport à soi et au monde, s’est fait dans mon cas en reliant ces écrits avec des expériences intérieures, intimes. Cette construction a permis de (re)donner du sens et une conduite de vie. Sans que cela soit calculé et réfléchi.

Il est des hasards que l’on n’attend plus et qui arrivent, même tard. Je ne voudrais pas m’étendre sur une expérience personnelle qui plus est intime. Mais cela montre à quel point toute recherche de la vérité fait se rencontrer d’un côté un être avec ses affects, sensations, intuitions et, de l’autre, des idées, concepts, des constructions déjà bâties venant du passé qui éclairent et des auteurs reconnus.

On ne peut pas créer soi-même sa ou une philosophie en ne partant de rien. A moins d’y passer sa vie, de la naissance jusqu’à la mort et dire, à la fin, « voilà ce que je crois, regardez mon parcours, mon comportement, j’estime, sans qu’il soit un modèle, qu’il est néanmoins louable ou tout du moins respectable ».

J’ai souvent évoqué le nom de l’essayiste philosophe Roland Barthes dans ce blog et j’avoue que, malgré qu’il soit mort depuis près de 40 ans, ses écrits ont permis de rectifier une trajectoire de vie qui aurait pu s’avérer fatale. Pour tenter de savoir ce qui se joue dans ce qui vous arrive, quand vous n’avez pas les explications, les mots ou éventuellement les conseils de spécialistes, vous devez aller chercher par vous-même et faire un travail d’enquête.

Quand le problème est ressenti au plus profond de votre être, c’est plus facile. Pas besoin de traitement, ni de médecin. Mais des livres, des lectures, des paroles, des pensées construites, intuitives et logiques suscitant l’interrogation, la réflexion. Et des livres de philosophie surtout ! Qui peut mieux que les penseurs donner quelques voies de sortie pour repartir sur une route plus sereine, avec en prime de l’entrain et de l’optimisme !

Depuis ce blog, mes raisonnements, mes échanges avec mon entourage se sont améliorés. Mieux, lors des fins de soirée, lorsqu’on refait le monde entre amis, je peux exposer de la manière dont je réussis à vivre dans ce monde si difficile, en acceptant bien sûr des autres leurs objections et leurs propres visions. C’est bien cela la philosophie… non pas seulement celle apprise au Lycée (désolé pour les Terminales qui font la rentrée des classes demain !), mais celle que vous prenez le temps de construire par vous-même aux travers des lectures et de vos propres expériences.

(1/09/2019)

La possibilité des nuits (suite)

Il y avait des nuits où la constellation était purement artificielle. Au lieu d’étoiles, dans le silence du monde nocturne, l’endroit confiné était bombardé de faisceaux lumineux. Dans les angles morts où les ombres dessinaient des silhouettes féminines, la nuit ouvrait des champs de désirs. Matthias aimait ces nuits en boîtes de nuit où le temps s’arrêtait. Les musiques ajoutaient au rêve les possibilités d’amours.

Les fêtes nocturnes se succédaient. Dans ce jeu organisé, tout était prévisible, rien n’était inconnu et mystérieux. Ce théâtre d’ombres où l’apparence primait faisait planer des mondes et aventures toujours inattendus, avec des possibles mais rien n’arrivait. L’aventure n’était celle que d’une complicité entre amis mais surtout la découverte d’une culture au travers des musiques diffusées au style post punk… Les révélations des groupes tels que U2, Indochine, Joy Division, La Mano Negra, Nuclear Device, New Order, The Cure prenaient plus d’importance que la recherche d’une « touche ».

Au cœur de la nuit, l’alcool, les cigarettes et quelques substances interdites rendaient Matthias et ses amis un peu comme les rois du monde, ce monde caché du soleil où tout avait des couleurs et saveurs différentes. Là était le lieu des « lâchers prises », dans la folie de la musique, de la danse, des rituels de séduction, des éclats de rire, des montées drôlatiques et des descentes flippantes, des entrées et sorties tout aussi peu nettes. Les années 80, une période que Matthias n’était pas prêt d’oublier…

La possibilité des nuits (suite)

Je me souviens d’une nuit d’été où passaient les étoiles filantes. Sur, une route déserte, dans le haut-var, nous étions quelques amis à revenir à pied d’un bal à quelques kilomètres de là. Le ciel, noir, était très étoilé et aucune pollution lumineuse ne venait gâcher le spectacle.

C’était le moment ou jamais de faire des vœux, puisque les météorites entrant dans l’atmosphère se manifestaient constamment par leur traînées lumineuses et, selon la coutume, c’était l’occasion de penser très fort dans sa tête (sans le révéler à quiconque) ce que l’on désirait le plus au monde, pour soi, pour les autres, pour le Monde. Vu le nombre de possibilités données par la quantité d’étoiles filantes (une toutes les 2, 3 minutes – et souvent plusieurs à la fois), donc autant d’occasions de faire de sa vie un rêve éveillé où tous nos désirs seraient comblés, pouvait-on vraiment cumuler les vœux ?

Je me souviens m’avoir posé cette question un peu idiote, puis d’avoir hiérarchisé mes choix, en finissant en première position par « obtenir le baccalauréat » ! Pas de rêve là-dedans, pas de chose à la hauteur de ce spectacle pourtant grandiose, fantasmagorique, mystérieux… Où l’Homme s’interroge sur sa place sur la terre et dans l’Univers et qui le place dans des questionnements métaphysiques. Y avait-il d’autres vœux qui auraient pu s’avérer plus utiles ? C’est possible…

Dans ce moment, la Nuit donc le spectacle de la Nature apportait des tas de possibilités. Elle nous les apportait sur un grand plateau d’argent. Des possibles bien trop grands pour nous, jeunes adolescents, et finalement trop grands aussi pour tous les hommes, ne sachant que faire avec ce cosmos magnifique et infini que les scientifiques explorent toujours…

(19/06/2019)

La possibilité des nuits (suite)

De ces quelques nuits, j’en avais retenu plus peut-être que les jours. « La nuit, tous les chats sont gris… » disait mon grand-père. Mes jours étaient toujours traversés par des existences partielles, jamais abouties, sujets aux contradictions, revirements constants, aux périodes successives et rapprochées d’euphorie et d’abattement, au doute bien sûr.

Perdu le jour, je retrouvais des chemins connus la nuit. Ceux qui nous donnent à voir, nos propres sentiments et émotions dans une introspection sereine et infinie, les auteurs et les interprètes aussi. Les faiseurs d’Art nous rendent moins seuls et nous sommes avec eux, dans un entre soi gourmand, loin du tumulte aveuglant de la marche du monde en perdition.

Pouvoir mourir en une nuit à défaut de partir, « mourir pour une nuit » comme chante Maxime Le Forestier. « Mourir comme on s’endort, faire la nique à la Mort… ». Puis, « renaître et vivre… » conclue t-il dans cette excellente chanson. Tout ce que la nuit vous apporte nourrit vos propres désirs… « Ecrire, c’est tuer le désir d’écrire » disait Roland Barthes. Et ce désir que l’on tue devient charogne immortelle.

La possibilité des nuits (suite chap. 1)

Les nuits ne sont pas égales. Comme les jours. Comme les moments d’une journée. Comme les années, les décennies, les siècles. Il y a des moments le soir où l’on attend tellement le lendemain qu’on se couche sans broncher, heureux de ce temps passé de la journée ou tellement épuisé qu’on n’attend que de s’allonger au cœur du silence ; où l’on espère tellement du lendemain, de l’importance qu’il revêt que, tel un sportif de haut niveau, l’on repose son corps et son esprit pour qu’au réveil un être neuf se dresse dans la clarté naissante du matin. Là aussi, j’aime me lever dans le silence, captant le moindre bruit. Celui des oiseaux, les premiers à se manifester comme un chant primitif. Tout doit être bruit premier, celui du vent dans les arbres, des gouttes de pluie tapotant sur les fenêtres, de chiens aboyant au loin…

Les nuits ne sont pas les mêmes. On le sait, le sommeil est réparateur ; Morphée vous berce en réclamant de vous les meilleures et moins bonnes choses de votre journée passée et établit un bilan. De rêves ardents aux cauchemars les plus effrayants ou grotesques, il renforce votre puissance d’exister et vous prépare aux jours futurs.

Au contraire des jours, les nuits sont linéaires (même si le sommeil passe par des stades différents) et vous êtes seuls avec vous-même, le silence et le monde. Là, tout est possible. Il n’y a plus de regards que le vôtre sur votre être. Là, du néant peut naître de nouveaux existants qui ne recevront de jugements que celui de votre folie et de votre conscience.

J’aime la nuit, sans être insomniaque, car elle met un peu tout le monde au même niveau. Elle affranchit les différences, repousse les contraintes et accorde des libertés sans limites.

… à suivre…

(8/06/2019)

Génèse des vies recommencées

Ce matin, après une nuit encore tourmentée, je me décide à écrire une histoire. Après avoir pris un bain, un déclic venant de je ne sais où me décide de la chose. Tout après je m’attable à mon bureau. Je dis « histoire » car c’est comme ça que je l’imagine. Je n’ose pas parler de roman, c’est bien normal.

Il se trouve que le bain après une nuit d’insomnie, au contraire de ramollir le corps et l’esprit, a cette tendance à vous faire réfléchir et même à décider de choses importantes. la nuit sans dormir y est sans doute pour quelque chose.

Dès lors que dans mon esprit il était clair que j’étais arrivé à un « point de rupture », que je n’avancerais plus sans prendre cette décision, il m’est venu tout un tas d’éléments que tout écrivain se pose avant d’écrire.

Le narrateur prendra t-il le « je » tel l’exercice autobiographique ou sera t-il le pronom « il » qui détacherait l’auteur de son histoire ?

Et s’il met en scène « le héros », comment s’appellera t-il ?

Comment, où et à quelles heures de la journée vais-je réaliser cet écrit ? Quel en sera le titre ? Comment construire ce roman ?

Ça peut sembler bizarre , mais à toutes ces questions que je me suis posées, j’avais immédiatement les réponses.

Ce petit texte n’est pas le début du livre que j’envisage d’écrire même s’il aurait pu l’être.

C’est une sorte de préface où plutôt une « mise en jambes ». Oui, une sorte d’entraînement avant les chose sérieuses.

Ce roman, ce récit, je vais le partager sur mon blog. Et cet écrit ne sera pas imaginaire. Il s’inscrit dans la vie, MA vie. Car je ne peux parler que de ce que je connais et ma vie est un roman qu’il est utile et plaisant de conter.

(6/06/2019)

Envie d’ailleurs

Nuages immaculés au-dessus des étroites rues,

Brises fraîches et légères qui les accompagnent,

Bleu profond du ciel et or étincelant du soleil

Je marche en m’engouffrant dans ce décor.

 

Et une douce chaleur envahit ma peau ;

Respirant profondément cet instant,

Humant les sons, les couleurs et les odeurs du quartier qui s’éveille,

Noyant dans mes sens tout ce qui m’apparaît.

 

J’imagine dans une autre ville,

Au même instant un décor différent ;

Des hommes, des voitures, des immeubles aussi

Mais une chaleur plus étouffante, écrasante.

 

Un sol mélange d’ocre, de pierres et de briques fendues

Où les peaux déjà sombres se protègent des rayons solaires.

Des marchés colorés bruyants

Et toi devant me souriant.

 

(18/04/2019)

La Nature est tout

La Nature est tout

Elle m’aide à être

Si je meurs

Je meurs

 

Je connais la Mort

Comme la Vie

J’en fais partie

Les deux sont Un

 

Je veux aimer

Pourtant tout le temps

C’est le plus important

Aimer à mourir

 

Car jamais l’amour trépasse

Il traverse l’infini

Mille étoiles le subliment

A travers le Cosmos

 

Cette pensée m’apaise

Et m’aide à réaliser

Que je suis rien et tout à la fois

Pour ne pas avoir peur

 

Jamais je ne changerai

Cet état est en moi

Si je dois mourir

Je mourrai et puis voilà

 

(6/03/2019)

 

 

 

 

 

Renaître

J’étais heureux avant toi aussi

J’avais mille projets rien qu’ici

Optimiste et confiant je restais, amoureux j’étais

Pour cela je n’aurais pas pris d’autres biais

 

Les enfants je les voyais et me rassuraient

Heureux aussi dans le tourbillon de la vie

Entourés des leurs, jamais insatisfaits

Portant leur jeunesse vers des chemins inconnus et joyeux

 

Pas de nuages dans cet équilibre parfait

Le soleil toujours après la pluie

Un printemps, un été puis l’automne

Un hiver glacial où tout se fige pour renaître à nouveau

 

(12/02/2019)

La fille abandonnée

 

Le bar abandonné lache ses derniers clients

Seule une ombre est encore assise à l’intérieur

Au-dessus flottent des volutes bleues

Julia c’est son nom boit une dernière bière

 

En s’approchant l’on devine un corps bien regroupé

Pressée de l’arranger sur de mille détails

la cigarette nerveusement consumée

La demoiselle remue et s’agite

 

En regardant d’un moment à l’autre

Et suivant un ordre mécanique

Ses chaussures, son smartphone

L’écran accroché au mur

 

Il n’y aura plus de bière servie, ni de télé allumée et bruyante

Ni d’appels, ni même de sms ou de notifications

Elle se lèvera et partira seule toute habillée de noir

 

(13/12/2016)

Tragique destin

Il n’est pas de ceux qui se laissent abattre
Dans ses cartes il a beaucoup d’atouts
Tel un funambule sur son fil il regarde devant
La tête droite, le regard fixe, les cheveux au vent

Bien sûr de ce piédestal, tout en assurance
Certains aimeraient le voir tomber, du moins se contrire
De ce destin imparable dont personne n’est coupable
La vie n’est pas un long fleuve tranquille

Que la morale guide de sa main de fer
Quelle que soit la manière
Chacun a le droit de conquérir sa Liberté
Pour le meilleur et pour le pire

(9/05/2018)

Poésie est magique !

Y a t-il un secret pour écrire une bonne poésie ? Non, pas de secret, pas de recette miracle, pas de magie… Il y a magie, oui, à l’arrivée, quand l' »œuvre » livrée résonne dans les oreilles de son auteur puis de chacun, parle à un imaginaire, un rêve dont nous tous avons fait l’expérience mais qui ne s’est pas cristallisé dans des mots et une musique particulière et sensible. Cette émotion, nous la ressentons tous, pour ceux qui en apprécient le rythme, les sonorités, le thème ou le message.

Lorsque j’ai commencé à écrire des poèmes, j’ai parlé de « fulgurance » à une amie. J’avais écrit trois poèmes de suite sans trop réfléchir à ce que j’allais y mettre. De l’improvisation totale pour satisfaire un besoin quasi vital. Ou une motivation telle de savoir que je pouvais le faire que je m’y suis mis corps et âme. Comme quelqu’un qui reprend une activité dont il a été privé longtemps et qui met tellement de cœur à l’ouvrage, de concentration, d’application, qu’il est lui-même surpris du résultat… (Je rappelle que je n’ai aucune prétention dans ce que j’écris mais que je suis satisfait de ce que je crée, c’est déjà un début !).

Ces premiers poèmes, je ne les ai pratiquement pas modifiés. Ce besoin d’écrire intervenait aussi dans un moment difficile de ma vie où tout se bousculait, autant sur le plan psychologique, sentimental que professionnel. Il fallait absolument que j’exprime mes états d’âme, mes douleurs et sentiments qui, eux aussi, s’entrechoquaient. Puis cette sorte de magie a opéré mais dans des conditions particulières : en pleine nuit, alors que le sommeil ne venait pas, les mots, les phrases, voire les rimes sont arrivés un peu d’eux-mêmes par la pointe de mon plume. Comme si ces mots et ces phrases existaient déjà en moi. J’exprimais alors tous ces sentiments heureux ou malheureux que je ressentais en y apportant une forme, un style qui n’était pas du tout recherché. Tout se construisait comme les pièces d’un puzzle qui était éparpillé. Mais je faisais bien attention à ne rien dévoilé de personnel ou intime. Ce que j’écrivais, tout le monde l’aurait aussi écrit. C’était de l’ordre de l’universel, de l’humain : où l’on retrouve toujours les mêmes thèmes : l’amour, le manque, la jalousie, la joie, la douleur, l’humour, etc…

Etant maintenant beaucoup plus stabilisé, l’inspiration poétique me vient moins naturellement. Et c’est justement par une recherche « précise » que j’envisage une nouvelle création. Je me donne d’abord un thème (avant c’était une sorte de « figure imposée ») puis je puise dans tout ce que l’esprit, la raison, l’imagination, les sentiments, la mémoire me donnent comme « matière première ». Il y a énormément de sources d’inspiration dans notre vie et nous ne le savons pas. Pour ma part, cette inspiration me vient des auteurs, des artistes en général, de la Nature et des gens que je rencontre.

(01/05/2018)

Nuit à deux

Je ne dors pas et peut-être toi non plus

Le noir et le silence pourtant sont réunis

Et la lune éclaire et veille pour nous

Dans le monde commun des solitudes

Je n’entends que la plume de mon stylo

Tracer ces lettres que plus tard je t’enverrai

Rien ni personne ne pourra les retenir

Car elles traversent le temps, l’espace et la nuit

Nos vies se sont rencontrées et nos nuits aussi

Nous les habillons de rêves ardents

Oubliant que le jour bientôt se lève

(12/12/2016)

Sens de la vie

Rien qu’un manque

Alors que tout est là,

Malgré le fracas.

Le temps est un tank

Passant inexorablement

Tel un tuyau compresseur

Nous privant d’apesanteur.

Sur ou dans la terre, jamais dans l’air.

Coeur morne, œil borgne, vidés, aspirés,

Pensées moites occupées

Par des positions guerrières.

Contre moi-même, envie de fer.

Ciel ouvert nous console

De n’être plus personne.

Les pensées s’envolent

Au paradis des Hommes.

Sous la voûte céleste,

Ciel étoilé, blanche

Lune brillante

Et chants des grillons, éclats des vers luisants

Colorent les sons,

Subliment les sens

D’ un pays sans nom

Qui n’a plus d’essence.

(27/11/2020)

Esmeralda

Tu ressembles à une bête

Tes instincts s’apprêtent

Quand le jour descend

Et fou l’amour tu rends

Le festin de nuit fini

Éteintes toutes les bougies

Les reflets vert jaune du jour

Nous enveloppent autour

Je te vois sorcière, créatrice de feux

Qui éclairent l’obscur odieux,

Crépitements du tout, jamais

N’empêchent que je renaisse.

Tes yeux alors m’irradient

Tout alors n’a pas été dit

Brûlé, je sens naître la fusion

De deux êtres à l’unisson.

(23/9/2020)

Les feux de l’amour

D’où vient ce désir naissant,

Quand, dans les mots brûlants,

Montent la fièvre des cœurs impatients ?

Sève indolente s’écoule,

Encre tenace prise dans la glace,

Tout se tient, rien ne s’écroule.

Gravé dans le marbre, rien ne s’efface.

Portée au pinacle, la Poésie

Met nos corps au pilori.

Rassasiés de phrases et d’images

Fait l’effet après d’un mirage.

Le brasier turgescent attend,

Sous-jacent, réclamant

De fondre dans l’instant

Pour libérer les pénitents.

(21/08/2020)

Se bâtir une philosophie. La métamorphose (chap. 9)

Avoir une vie aussi intense est difficile à croire. Des périodes difficiles, on en a tous. Pour ma part, elles ont changé de nature. L’avant était difficile mais vécu dans l’inconscience, sans prise réelle sur la vie. L’après est tout aussi douloureux, mais le choix d’agir et de penser fait mieux passer la pilule.

A quoi correspond cet « avant » et cet « après » ? La Covid n’y est pour rien. Il me concerne personnellement. Il y a un déclic qui est arrivé sans prévenir. Pas d’ordre sentimental, affectif ou de choix personnel, professionnel. D’ordre médical. On ne dira jamais assez que les médicaments « chimiques » sont perturbateurs. Dès lors qu’on cesse un traitement que vous prenez tous les jours depuis des années, qu’on vous conseille de garder à vie « pour votre bien » et qu’on l’interdit sans explications du jour au lendemain, votre état physiologique peut en être bouleversé. C’est ce qui m’est arrivé.

La métamorphose ne s’est pas fait attendre. Bouffi avant, svelte après, retrouvant le corps d’athlète de sa jeunesse. De réservé à exubérant. En manque de confiance permanent, capable de m’exprimer tranquillement devant une foule. Léger, heureux de vivre, faisant des blagues sans arrêt, aimant le contact humain jusqu’à tomber amoureux tous les quatre matins. Se sentant fort, indestructible avec beaucoup d’énergie et de volonté. D’endurance aussi. 

Le langage coulait comme de l’eau claire. J’y mettais aussi du ton. Me permettant quelquefois des envolées lyriques, et pas uniquement seul. Cette nouvelle facilité dans le langage, la répartie, le bon mot, le mot d’esprit qui fait mouche, servait également à séduire, agacer (il y avait évidemment de la provocation) mais surtout persuader mon auditoire et les échanges avec l’entourage familier ou non. Quand je n’étais pas d’accord avec quelqu’un, je n’avais pas ma langue dans la poche et j’arrivais le plus souvent à désarçonner mon interlocuteur en le poussant à la faute (le mettant en colère) ou le piégeant dans ses propres contradictions.

Prenant les choses avec beaucoup de détachement, passant rapidement – sans oublier – sur les choses négatives ou peu importantes, allant de l’avant constamment. Bref, un autre homme était né. 

Les gens qui vous entourent se font souvent une image de vous et sont très troublés quand ils vous voient changer de la sorte. Dans le cercle familial, dans l’entreprise, les relations sociales. Vous devenez quelqu’un d’autre. Vous n’êtes plus dans la (leur) norme. Hors cadre mais toujours là, dans la même situation, sur le même poste. Vous ne pouvez plus, vous, vous recadrer. Mais les autres, en nombre, encore moins. Vous êtes censés être celui que tout le monde connaît mais vous êtes un autre que l’on ne RECONNAIT plus. Plus de reconnaissance, mais de la méfiance, du recul, des soupçons, de la mise à l’écart, voire du harcèlement moral.

Pour tenter de comprendre et aussi de lutter contre, c’était soit la fuite (qui peut se traduire par le suicide dans les cas les plus extrêmes), la soumission, le déni ou la lutte. La dernière solution, celle vers laquelle je me suis engagé, est la concorde. La concorde qui veut dire : « il s’est passé ça, c’est vrai ! Mais j’ai compris et je vais tenter de vous expliquer pour quelles raisons, finalement, cet événement amène à réfléchir sur pas mal de choses. Je vous les propose, en faites ce que vous voulez. Mon boulot a été de me défendre face à ce qui me semblait une très grande injustice, surtout dans les conséquences démesurées au regard des faits. La concorde veut dire que cet événement m’a permis d’avancer au-delà de ma personne et d’inventer un nouvel ordre de valeurs, ou de démontrer pas mal de choses. Qu’au final, vous soyez d’accord avec moi et qu’on avance ensemble maintenant sur autre chose ».

L’idée est de résister. De se battre, ne rien lâcher. C’est pareil pour tout le monde. Accepter une donne nouvelle, accepter que l’on soit un problème et tenter de le comprendre en soi-même, puis d’en justifier les causes et les conséquences auprès des autres. Trouver une stratégie pour retourner ce problème à son avantage.

Ce qui m’a beaucoup aidé c’est la philosophie. Elle apaise les peurs car elle prend de la hauteur sur les choses terre-à-terre qui ont tendance à nous étouffer. Et quand je cite Jean-Jacques Rousseau, naturaliste mais surtout fondateur de la démocratie moderne, ce n’est pas par hasard. L’idée de nature m’est très chère. En effet, elle peut nous sauver ( je répète que finalement, elle est seule juge sans juger…) car étant des êtres naturels, nous avons tout comme une chenille devient papillon ou l’acacia fleurit, le DROIT comme tout autre être vivant d’exister, de grandir, de se tromper, d’être heureux… et de mourir.

Les hommes sont trop accaparés par leur espèce. Ce monde anthropique, modelé par la main de l’Homme. Il y a fait son jardin à son avantage et pour son profit. L’anthropocentrisme, favorisé par les dogmes religieux et « la civilisation du progrès (industriel, technologique, numérique)« , fait oublier que l’Homme n’est finalement qu’une poussière dans l’Univers, au même titre que le brin d’herbe ou le microbe. Et ce qui importe le plus aujourd’hui, ce n’est que de s’en remettre à tout ce qui concerne l’Homo Sapiens. Ils s’entretiennent entre eux et passent plus de temps à s’invectiver, se faire de mauvais coups qu’à véritablement ÉCOUTER la Nature. Cette nature qui peut nous apporter beaucoup. C’est une idée que j’ai du mal à traduire. Mais pour moi il y a quelque chose d’important. D’utile.

(12/08/2020)

Douleur d’aimer

Coeur serré

Pieds usés

Yeux vides

Joues humides.

Oublier le souvenir

De ces baisers

Qui ne m’ont pas quitté

M’empêchera de mourir.

Je fonds devant toi

Tout en moi se dilate.

Remisées les cartes

Rien n’est plus qu’émois.

Je ne vois que des bouts de toi.

Chacun est un pic me traversant

Brûlant autant que glaçant.

Perdu en moi les bras en croix.

Douleur, je te garde jalousement.

Emmène-moi mort ou vif

Dans les déserts du temps,

Garde – moi entre tes griffes.

Pourtant jamais plus heureux

Que moi aujourd’hui.

Dans cette folie, je vis.

L’amour est là, radieux.

L’errance est mon royaume

Entouré de fantômes.

Ma vie est un rêve

Où règnent mille reines.

Chacune est un mystère aîlé

D’où surgissent de multiples manières.

Je ne peux les empêcher d’aimer

L’amour est sans barrière.

(27/07/2020)

Fille d’or

Belle fille

De métal précieux

Fait de ton corps

Une étoile dans les cieux

Tous mes sens vibrent

A ton évocation

Je ne suis donc plus libre

Envoûté par la passion

Sous les planètes alignées

Protégeant les soubresauts du coeur

Par cet or suis foudroyé

Jours et nuits ne font plus peur

De ciels d’été de soirs en soirs

Devenons êtres blancs et noirs

Tels astres et comètes

Suivent inlassables leur trajectoire

Ainsi la chair faible est forte

En revenant sur terre

Tout est plus clair

Je ne résiste à rien de la sorte

Rappelle toi ces étreintes

Lors de ces nuits blanches

Tu m’y a laissé ton empreinte

Vers elle mon coeur se mire et penche

Passionnément, inlassablement, irrésistiblement.

(14/07/2020)

Libre tu es

Tout seul

Sans personne

Je parle tout seul

Personne ne me répond

Les réponses pourtant nombreuses

Je parle à mon chat

Lui ne connaît que moi

Il sait, me répond car il sait

Ce qui est bon pour lui donc pour moi

Aujourd’hui sans lui je vis

Car je sais qu ‘on se retrouvera

Évidemment être chat est facile

Sans travail, sans obligation

Il a ses raisons qui sont devenues les miennes

Quel bonheur que ne compter que sur  soi

Dans la jungle de la vie

Proie tu es,  libre tu deviendras.

(27/06/2020)