La Ciotat

Je ne peux pas oublier La Ciotat

Cette cité « marseillaise » ne vous quitte pas

Car les pérégrinations de vos pas ne trompent pas

Ils vous emmènent ici et là dans un rythme lent et plat

Des rues étroites, des humeurs droites, le sentiment

Que la mer est là, c’est elle qui fait loi

Jadis cité ouvrière, ne veut pas retomber dans la misère

Elle a tout fait pour refaire et plaire dans un climat clair

Comme les bleus qui éclairent, calment et rassemblent

Bleu du ciel et de la mer, bleu des yeux tous ouverts

Bien sûr une rue s’appelle Adolphe Abeille et l’on entretient les bateaux de milliardaires

Mais rien ne peut empêcher cette vie heureuse de rêver

Rêver à des jours meilleurs dont l’issue ne fait pas peur

On va me dire toi tu es riche, ce bleu tu l’achète

Alors que d’autres n’y accèdent pas

Mais cette couleur bienheureuse est une chance

Les couleurs du temps ne s’achètent pas.

(21/06/2020)

Se bâtir une philosophie (chap.7)

Toutes les cartes sont rebattues. Mon projet d’expérimentation philosophique aussi. Mais cette crise du Covid-19 nous force à la réflexion. Plus que jamais. Prenons garde toutefois à ne pas prendre tout ce qui est dit –  notamment dans les médias (y compris les réseaux sociaux) –  pour argent comptant. Ces paroles abondantes, omniprésentes, contradictoires ajoutent encore de la peur pour une maladie dont les conséquences s’avèrent être plus graves encore que la pathologie elle-même. La France, le monde se rend compte que des maladies inconnues pouvaient encore toucher l’homme.

  « Se bâtir une philosophie face à la pandémie » pourrait être le 7ème chapitre de cet essai à épisodes. Tant de choses à dire là-dessus. On ne peut pas tout dire, tout expliquer, tout encaisser, tout digérer. Le meilleur moyen de traverser cette « tempête » sans dommage est bien de se concentrer sur des objectifs précis, limités qui sont « dans nos cordes » et nous apportent une certaine satisfaction. Du plaisir pour ainsi dire, dans la douleur de cet environnement confiné, empêché, cause de frustrations diverses. Dans l’action, pour aider, échanger, faire, créer, jouer… et dire à bon escient. Apprendre à se taire. Si cette situation peut engendrer plus de vertu aux hommes, elle ne peut qu’être bénéfique.

Beaucoup déjà pensent au « monde d’après ». Ce serait si simple de dire : « Voyez, nous avions raison de critiquer cette organisation mondialisée, cette gestion marchande de la santé, l’inhumanité d’un monde relié par des intérêts économiques mais insensible aux conditions sociales, environnementales, politiques des pays avec qui nous échangeons. Davantage préoccupé par nos propres intérêts, pourvus que NOS concitoyens bénéficient du confort maximal. » Évidemment que cela est vrai. Mais l’après sera plus compliqué. On ne change pas de société comme ça par un claquement de doigts, même si l’évidence du propos nous met au pied du mur !

Dans six mois peut-être, tout sera oublié et le monde d’avant continuera. Il se peut alors qu’on sourit et qu’on plaisante à l’ambiance de folie collective qui nous a envahis alors. Alors que cela n’en valait vraiment pas la peine. Je ne minimise pas cette crise dont certains comparent à celle de 1929. Nous sommes pourtant trop dans l’instant, l’immédiateté, l’émotion sans savoir vraiment ce que les historiens pourraient en déduire a posteriori, analyser de façon objective ce que fut cette période.

Une pandémie au 21ème siècle est-elle plus grave qu’une grippe « espagnole », du choléra ou de la peste qui ravagèrent au moyen-âge la moitié de l’Europe ? Attribuer ce Coronavirus à la mondialisation ou au capitalisme est un peu court. Il ne peut à lui seul justifier d’un changement radical, d’autant que les gens n’y sont pas prêts, même si cela leur permet de retrouver les bonnes valeurs de l’entraide, du sacrifice, du lien social. Entre toutes les « classes » sociales car toutes sont touchées.

Faut-il ce moment de « terreur » qu’il soit à ce point déclencheur d’une prise de conscience pour que les gens, gouvernants compris, se rendent compte de l’absurdité du monde que nous acceptons depuis des décennies ?

Mon propos dans cet essai était de dire que c’est bien la nature qui fait loi. Pour survivre, je me réfère qu’à elle. C’est elle qui me guide. Car elle est vérité. Elle est sens du monde. Elle est ordonnancement du monde. Les virus sont des êtres vivants comme vous et moi. Ils ont autant le droit que nous d’exister et de prospérer.

Cette pandémie, outre les prédictions alarmistes et mortifères que des prédicateurs, gourous politiques, religieux ou sectaires veulent tirer avantage, nous permet de prendre une grande respiration d’air pur, de redécouvrir le silence, d’observer la nature qui se déploie tout d’un coup sans être contraint de quoi que ce soit. Cela passera, comme d’autres pandémies sont passées. Mais d’autres catastrophes arriveront. C’est un signe, un signal que nous devons prendre en compte. Qui nous invite à plus d’humilité face à la complexité, la diversité, au mystère d’un monde que nous admirons mais que nous tuons depuis longtemps sans nous en rendre compte.

(30/04/2020)

Chaud et froid

 

Air chaud étouffe et triche

Herbes hautes en friche

Écho éteint et lâche

Perdu la vie et fâche

 

Etouffé en soi sans toit

Murés comme des rats

Isolés comme personne

Attendant le glas qui sonne

 

Par terre nos pas

En l’air nos voix

Mais pas de prière

Car plus de lumière

 

Gâché ce temps privé

Vie et sens humiliés

Inhibés nos actes

Suspendu le pacte

 

Nul ne sait la suite

De ce monde en fuite

De cet amour ensuite

 

(22/04/2020)

Se bâtir une philosophie (chap. 6)

Bien des choses ont changé depuis le dernier article. Les propos évoqués sonnaient comme une alerte. Puisque l’idée était de savoir pourquoi le monde ne tournait plus rond. Force est de constater qu’il s’est emballé et le 20ème siècle le montre à tous les niveaux. L’Homme cupide a continué à piller les ressources, polluer les sols, l’atmosphère et, par conséquent, les êtres vivants aussi. Cette société des hommes corrompue, avide et brutale a entraîné les pires guerres, massacres sans que rien ne change – mais pire, s’aggrave – durant des décennies.

Pour revenir à mes moutons, l’idée de départ était de comprendre, à partir d’une expérience personnelle, comment pouvoir résister à une ou des situations qui vous accablent, vous condamnent au repli et à l’oubli où tout abandonner est le meilleur des choix à faire. Cette réflexion intime, construite autour de créations artistiques (poésies, nouvelles…), d’intuitions et finalement de convictions, prenait sa source dans ce que l’homme peut ou ne peut pas. Dans sa capacité à s’élever, à « reprendre  conscience » et donc confiance. Dans ses possibilités d’agir et de CHANGER. Se changer lui-même mais aussi influencer et changer autour de lui. Et, idéalement, à l’échelle d’une communauté humaine.

Depuis 15 jours, nous vivons en France mais aussi partout dans le monde une crise majeure (rappelons que les épidémies et pandémies ont toujours existé, elles furent – jusqu’à maintenant – pires, nous l’aurions sans doute oublié ? ) qui menace nos vies et bouscule nos habitudes. Provenant d’animaux, parti d’une région de Chine, un virus inconnu jusqu’alors mais très contaminant et surtout mortel, le Coronavirus – ou « Covid-19 – se répand depuis plus de quatre mois à travers la planète et a provoqué la mort de plus de 30 000 personnes. En France, on comptabilise des milliers de morts. L’épidémie est si forte que les hôpitaux et services de santé sont saturés et peinent à trouver des lits de réanimation pour les cas les plus graves. Aucun vaccin, aucun remède, aucun protocole médical fiable n’a encore été trouvé. Les populations les plus fragiles, les plus vulnérables (personnes âgées, malades… ) sont les plus touchées. Ce sont vos propres défenses immunitaires, votre seule capacité à vous défendre qui vous sauve…

Au – delà de ces conséquences sanitaires dramatiques, les autorités de tous les pays du monde ont dû prendre des mesures radicales de confinement pour empêcher la propagation de la maladie. Tout le monde doit rester chez soi et les sorties (une seule par jour, pas plus d’une heure et ne dépassant pas un rayon d’un kilomètre) strictement règlementées sous peine de lourdes amendes voire de prison ferme en cas de récidives.

Tout le monde ne parle que de ça. Ce danger permanent, invisible crée de l’anxiété, de l’angoisse. Le confinement enlève (et cela pourrait durer encore de nombreuses semaines) cette Liberté fondamentale de circuler partout librement. Il crée de l’inactivité pour beaucoup, pour les personnes mais aussi pour l’économie qui est au ralenti. Les écoles fermées, de la maternelle jusqu’aux universités, les magasins non alimentaires également. Tout cela entraîne du chômage « technique », partiel et des fermetures d’entreprises, de sociétés collectives et individuelles.

Mais, pour d’autres qui sont dans des secteurs indispensables à la continuité, je dirais même à la survie de la population (santé, médias, services publics de l’eau, de l’énergie et de traitement des déchets, sécurité, transports, production et distribution de biens alimentaires… ), il n’est pas question de « quitter le navire », même si une bonne partie de ces salariés ont été contraints de se mettre en arrêt maladie, notamment parce qu’ils ont été atteints par le Coronavirus. Ces personnes courageuses car en première ligne, au contact qu’ils sont des malades, des clients et du public, sont plébiscités par l’opinion. Tant sur les réseaux sociaux qu’à travers les témoignages de soutien qui leur sont apportés symboliquement (les appels aux dons se multiplient également) tous les soirs à 20 h (à cette heure précise, les gens se mettent à leurs fenêtres et applaudissent).

(2/04/2020)

Poèmes du confinement (jour 9)

Poème 3

Bizarre le soir quand la brume descend,
Le silence s’impose, orgueilleux et menaçant.
La ville fantôme prend ses quartiers d’isolement.
Nue, déroutée, elle semble pleurer, soudainement.

Dans la chambre, le lit, derrière cette porte
Autrefois refuge du bruit et de la cohorte,
Elle rêve confusément mais reste forte,
Dans ces draps aussi froids que les rues mortes.

Quelqu’un pourtant viendra et lui donnera
L’envie de prendre la vie à bout de bras.
Perdue, recluse, le vide multiplie les choix
Et de tous, elle préfèrera la caresse des doux émois.

Du monde d’après, la ville pleine, dans la joie
Les poignées de main, les étreintes feront loi.
En cet idéal si simple, dis moi, tu crois ?
Qu’importe ! Enlace-moi une dernière fois !!

Elvire Volte & Emmanuel Boujet (25 / 03 / 2020)

Poèmes du confinement

Après quelques jours de sidération face à l’épidémie du Covid-19 et les mesures de confinement drastiques qui s’en sont suivies, j’ai pu comme d’autres m’adapter à cette solitude ou cette promiscuité imposée. En imaginant une autre façon de vivre, au delà des gestes « barrières » indispensables, afin de s’occuper et essayer de penser à autre chose.

Les réseaux sociaux sont un bon moyen pour partager ses sentiments, ses peurs et rompre cette solitude. Une amie m’a proposé d’écrire des poèmes à deux. Elvire qui compose également de magnifiques « griffonnages » sur Facebook a saisi l’occasion sur deux premières strophes que je lui avaient envoyées pour écrire la suite. Deux poèmes ont ainsi été créés. Avec son accord, je les publie sur le blog. C’est un bon moyen de retrouver le goût de vivre, de se sentir utile… Mais aussi d’entrer « en résistance » face au drame que nous vivons.

Poème 1

Jamais tu ne retrouveras

Cet état d’insouciance.

Le monde devenu rance

Ravage les cœurs droits.

Une fois l’enfermement fini

Tu trouveras l’autre avec toi,

Lui qui ne pensait qu’à lui

Ne sachant livrer sa voix.

La fièvre gagne peu à peu.

Qu’importe si je ne peux

Survivre au signe du destin,

Quand il m’importe que ton dessein.

Le monde s’arrête, pas les mots,

Éveil de l’être, sort du tombeau,

Les émois ci-bas se dévoilent,

Ceux qui autrefois étaient si pâles.

Le beau naissant, accompagne-moi,

Prends ma main, sois délicat,

Imagine-le car ce jour viendra,

A la douceur de la danse, toi et moi.

Les fêlures seront cicatrisées,

Et les âmes o combien éveillées,

Lorsqu’enfin, se retrouver

Sera du début du monde, la beauté.

Poème 2

Deux corps qui se tutoient, des mains subtiles
Transcendés, humbles, passionnés, habiles,
Abandonnés à la grâce des airs caressants,
Tu avances, je recule, puis s’arrête, le temps…

Deux temps, un pas, deux pas, trois, on touche,
Transportés sans jamais que se frôlent nos bouches,
Complices, nos jambes se croisent mais ne s’emmêlent.
Sous les airs latinos, nos âmes s’emballent fusionnelles.

Deux pas de côté, un saut, puis deux.
Nos mains se rejoignent, le cœur en feu.
Elles tiennent bon malgré le rapide tempo.
Les regards ne se quittent plus et rendent beau.

Un corps bouge, l’autre virevolte
Au son du rythme et des notes.
Mais c’est bientôt la fin de la danse,
Les corps se séparent, à la prochaine on y repense.

Elvire Volte & Emmanuel Boujet (24 / 03 / 2020) crédit photo : Elvire Volte

Se bâtir une philosophie (Chap. 5)

Depuis le dernier chapitre, j’évoquais le plaisir de remplir de longues soirées d’hiver. De pensées, d’idées, d’interprétations possibles sur le sujet qui nous intéresse. Cet hiver a fait long feu ou a fait Pschitt, puisque depuis le 21 novembre, cette saison supposée froide voire glaciale ne s’est véritablement jamais installée. Et depuis quelques semaines, la douceur domine… Nous voilà donc peut-être déjà au printemps ! Trois mois après ce 4ème chapitre, l’idée de soirées – tricot s’est avérée anachronique et très décalée.

Mais la pensée, elle, a continué son chemin. Et, même si rien n’a été écrit, beaucoup de choses se sont construites. Autour de ce sujet, autour de la question sociale et politique, ce fil tiré où des compréhensions, intuitions, convictions apparaissent au regard d’événements intérieurs et extérieurs.

Justement, cette volonté de reprendre l’idée saugrenue (à l’époque, pas pour des contemporains éclairés), à travers ses deux discours (« Discours sur les Sciences et les Arts » et « Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes »), le philosophe voulant repartir des bases de l’humain, apporte un éclairage sur cette perte d’échelle (nous ne sommes plus « au niveau », plus « raccord ») que nous connaissons actuellement.

Entre l’époque des philosophes des Lumières et la nôtre évidemment un fossé. Pourtant deux siècles « seulement ». Jean- Jacques Rousseau revient bien en arrière dans le temps, dans le temps des Anciens dans l’Antiquité, berceau de la Démocratie : « Les Anciens politiques parlent sans cesse de mœurs et de vertu. Les nôtres ne parlent que de commerce et d’argent… Que nos politiques daignent suspendre leurs calculs pour réfléchir à ces exemples, et qu’ils apprennent UNE FOIS qu’on a tout avec de l’argent, hormis des mœurs et des citoyens « .

Il faut croire que le monde s’est emballé depuis. Et nous en subissons brutalement les conséquences aujourd’hui. Il y a cette idée que l’idéal démocratique et le contrat social proposé par JJ Rousseau n’est plus possible. Mais elle est à réinventer. Il y a deux siècles, les précurseurs du progrès, des Sciences et des Libertés, n’avaient sans doute pas idée du monde actuel.

Certes, le terme « écologie » est relativement ancien. L’allemand Ernst Haeckel l’a défini en 1866. Scientifique, naturaliste mais aussi philosophe et théoricien politique, il appartient au courant moniste. Le monisme dit en substance que tout est lié et relié, qu’il n’y a pas de séparation entre les choses matérielles, le corps et l’esprit, la conscience. Pas de dualité. Son concept était de bâtir une société basée sur l’écologie. Une écologie théorisée, élevée comme Pierre angulaire d’une société harmonieuse, respectueuse de l’environnement (terme mal choisi car l’homme en fait partie intrinsèquement), mais demeurée une science, nouvelle certes, mais à l’égal des autres.

On peut regretter que cette Science finalement essentielle n’ait pas eu meilleur sort tout au long du 20ème siècle…

(17/02/2020)

Se bâtir une philosophie (chap. 4)

« Le progrès des Sciences et des Arts corrompt les mœurs, parce que les sciences, nées de l’oisiveté, engendrent la richesse et que les arts provoquent le luxe et la fatuité ». C’est ce qu’écrit Bernard Gagnebin dans la préface des « Ecrits politiques » de Jean-Jacques Rousseau, réunis dans la Pleïade, pour résumer la pensée du philosophe du 18ème siècle, auteur du fameux « Contrat social ». Bien avant de théoriser sa vision politique d’une société souveraine (à l’origine des régimes démocratiques), Rousseau participe au concours de l’Académie de Dijon dont le thème est : « Le rétablissement des Arts et des Sciences a t-il contribué à épurer les mœurs ? »

Rousseau est intéressant car il remet l’Homme au cœur de ce qui constitue la société. Dans mon approche philosophique, son idée de retrouver l’Etat de nature et de s’y conférer essentiellement ou d’y trouver les raisons d’espérer me plaît bien et vient à point nommé… Dans cette réflexion de chercher à savoir ce qui lie les individus d’une société ou d’un Etat entre eux et ce qui les empêche de se désunir, le citoyen de Genève revient aux origines.

Ma question était bien de répondre et d’expliquer, en traçant un raisonnement logique, dans quelle mesure, individuellement, l’intuition sur le rôle et/ou l’importance de la « loi naturelle » permet de résister à une vie difficile, moins dure sans doute qu’il y a deux siècles mais « corrompue » également, d’une autre façon et dans un autre contexte. Cette intuition ne vient pas d’elle-même, elle s’est construite dans mon esprit à travers l’écriture, dont la poésie mais aussi un roman autobiographique inachevé, dans une structuration d’exercice réflexif.

Car, l’essence même de notion de nature contient toute la panoplie des sens de l’Homme, donc de ses émotions, dans ce qu’il y a de plus vraie (réelle), sincère, voire éthique (pour Rousseau sans aucun doute). Quand je conclue dans le chapitre 3 que le dérèglement n’est pas seulement climatique mais est aussi lié aux Hommes, plutôt à leurs raisons, ça ne date donc pas d’hier ! Rousseau et avec lui, Hobbes, Locke, Montesquieu et d’autres, beaucoup de philosophes de l’époque réhabilitent l’Homme « sauvage », vivant dans un environnement naturel en bonne harmonie.

Certains, à la lumière de ce qu’ils voient à l’époque, considèrent que l’Homme a rétrogradé depuis l’époque Antique, référence par excellence. Et visent « la cupidité de l’Homme, son ambition dévorante, son appétit de domination, sa passion pour l’argent. » (Bernard Gagnebin, « Introductions ». « Ecrits politiques ». Jean-Jacques Rousseau. Collection La Pleïade. Editions Gallimard. 1964.). Pour Rousseau, et avant Proudhon, dès que l’homme a voulu s’arroger le droit de posséder, cet instinct de propriété a créé inévitablement le désordre… (« Le premier qui ayant clos un terrain s’avisa de dire Ceci est à moi et trouva des gens assez simples pour le croire , fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne ». JJ. Rousseau, cité dans « Introductions aux Ecrits politiques »).

Si certains pensent l’homme mauvais (Hobbes, auteur de la célèbre citation L’Homme est un loup pour l’Homme) en tant qu’individu, le citoyen genevois estime que c’est la société dans son ensemble et son organisation – politique – qui ont favorisé les conditions de la disparition de la vertu et la prééminence de la corruption.

Rousseau, dans un de ses premiers « Ecrits politiques » jette un pavé dans la mare ou fait un sacré « buzz » ! A l’époque des Lumières, faites de certitudes cartésiennes basées sur la raison et le progrès scientifique et technique, et alors que la révolution industrielle est en marche, certains nous disent, « Attendez ! Revenez en arrière, nous avons fait fausse route !! »

Aujourd’hui, nous voyons que les idées du philosophe n’ont pas vraiment abouties positivement. Pourtant, beaucoup de partis, de gouvernements, de chefs d’Etat s’en sont inspirés (je pense à Fidel Castro, mais je pourrais en citer d’autres, moins extrêmes). Mais, on est très loin de retrouver les valeurs humaines premières mises au service de l’intérêt général dans ce projet de Contrat social où les citoyens décidant et s’accordant sur un pacte équitable du « vivre ensemble » s’épanouissent dans une société heureuse.

Je pourrais continuer indéfiniment à parler d’auteurs, de grands philosophes et d’y trouver des solutions à mes propres questionnements ou à ceux du monde. En philosophie, quand on commence à tirer un fil, d’autres le rejoignent, ils s’entremêlent et ouvrent toujours d’autres directions, perspectives, concepts… cette pensée est infinie. C’est une sorte de grosse pelote de laine à disposition… Heureux celui qui peut, les longues soirées de lecture et de réflexion, se confectionner un pull bien chaud pour l’hiver… (à suivre)

(21/11/2019)

Se bâtir une philosophie (chap. 3)

Ce qui nous fait résister à une vie difficile à vivre, c’est (pour ma part), la certitude qu’il est possible de raisonner dans le rapport que les êtres humains ont ou sont avec le monde. Monde ou plutôt nature dans ce qui regroupe l’air, les végétaux, les animaux, la terre, les mers et océans, le vent, le soleil, les astres, etc… Tous les éléments naturels existants et connus qui n’ont pas la capacité du langage, d’une conscience, n’étant pas pourvus d’un esprit de raison.

Ainsi, si dans nos conduites de vie, il nous apparaît que les actions pourraient être condamnables et condamnées, nous devrions nous en référer essentiellement à la Nature. Moi-même, initialement être « naturel », le seul jugement valable concernant ces actions ne peut être que celui que la Nature me renvoie.

Pourtant, dans nos sociétés actuelles, l’on ne peut se positionner qu’à l’échelle des communautés humaines, porteuses de lois, de références religieuses, dogmatiques ou idéologiques. On nous a appris dès l’enfance ce qui est bien et ce qui est mal, ce qui est bon pour nous et ce qui est mauvais. Et, au-delà des lois et règles en vigueur, respectées ou non, il y a les idées de chacun sur le bien et le mal. Les jugements « libres » qui, selon les caractères, émotions, sentiments, opinions, parti pris, varient sous une forme particulière et individuelle ou de façon collective et sont consentis dans toute société libre et démocratique.

Or, ces idées et jugements ne se basent rarement sur un « ordre naturel », à part peut-être dans des sociétés qui se sont développées en contact et à l’unisson de la nature à l’instar des peuples primitifs. Pendant des siècles, voire des millénaires, l’Homme s’est éloigné de cet état de nature, en développant des cultures à travers les techniques, les sciences, les Arts (de la guerre le plus souvent)…

Non seulement en voulant la comprendre (la nature) et l’expliquer mais aussi et surtout en voulant la dominer, allant jusqu’à massacrer ses semblables afin de conquérir de nouveaux territoires, y puiser des ressources et y installer sa main mise et développer une expansion économique et politique.

Il se trouve , en tout cas, JE trouve que nous sommes arrivés à un point ultime, voire de non-retour. Bien sûr, on peut évoquer le dérèglement climatique, le réchauffement de la planète, le pillage et l’épuisement des ressources, le fossé grandissant entre des puissants exploiteurs et des peuples perdus sans plus aucune identité. Les dégâts sont immenses et certains parlent même d’une « fin du monde » imminente.

Mais, il n’y a pas que la Nature qui est touchée. Il y a un certain dérèglement dans les esprits et les raisonnements. (à suivre…)

(13/11/2019)

Se bâtir une philosophie (chap. 2)

Créer les conditions d’une vie confiante voire heureuse, pour soi (donc un peu aussi pour les autres) grâce à la philosophie est relativement banal. Créer une philosophie comme on crée un mode d’emploi que chacun s’applique à soi-même est plus ardu.

Et mieux, survivre à son concept et rejoindre le Panthéon des grands philosophes de Platon à Derrida dépasse votre « simple » personne et vous rapproche de l’universel et du genre humain.

Dans cette recherche plutôt récente de la confrontation d’une expérience personnelle et de textes et concepts philosophiques, une ou plusieurs idées ont néanmoins émergées. Ces idées sont venues pour ma part d’une nécessité, de celle dont parle Gilles Deleuze lors de ses cours donnés à Paris 8 sur la peinture. Ce besoin naît d’une « catastrophe » , celle représentée dans des tableaux d’avalanches, de tempêtes.

Mon désir soudain d’écrire, de faire des poésies notamment, vient d’une catastrophe. Catastrophe vécue et contenue dans l’acte créatif. Tout se désagrège, éclate et se dissout dans l’écriture.

Mais pourquoi je soigne mes maux qui sont chaos et catastrophe à tout point de vue ? Sans doute parce que je m’en libère. Je dépose à côté de moi les débris. Et imagine un après.

Parler d’optimisme et d’entrain en effet, cela est maintenant possible.

(16/10/2019)

Médiacratie

L’esprit transpercé de part en part

De bruits et de discours contradictoires

S’énerve des mots de trop ou mal choisis

S’entrechoquant dans un brouhaha permanent

Idées, mots, messages, sons et couleurs

Réduits à de pauvres signes sans saveur

Nous nous y accrochons pourtant sans raison

Jusqu’à la saturation puis la démission

Avant que nos cerveaux deviennent bouillie

Arrêtons le massacre de ces manières malapprises

Égarées sur l’autel des prières intempestives

Brouillées car amplifiées par la Médiacratie

(8/10/2019)

Séduction

Ne te découvre pas si vite

Prends le temps d’ajuster ton moi

Dans tes gestes, ton âme et ta voix

Laisse le silence révéler l’indicible

Choisis tes mots les plus beaux

Tu sais qu’ils feront mouche

Regarde l’autre en bienveillant

Donne ce que tu es au plus profond

La suite, personne ne la connaît

Hasard ou destin , c’est une histoire

Peut-être sans lendemain. Mais

Tu trouveras de quoi rêver.

Ce n’est pas une histoire d’amour

Peut-être le début d’une idylle

Séduction irréelle mais sensuelle

L’essentiel n’est pas d’aimer mais de se rapprocher.

(21/09/2019)

Romancier sous surveillance

C’est donc cela. Je viens de comprendre en profondeur, ce qu’intuitivement je percevais en surface. Les silences gênés, les questions prêchant constamment le faux, des conversations immergées dans un bain d’hypocrisie, conduisant inéluctablement à des clashs.

Puis, le silence, plus d’appels, plus de visites pas plus que d’invitations. Une ambiance mortifère de haines, de rancœurs, de jalousies, contrebalancée par de la médisance méticuleusement entretenue.

Et là, il me semble que je suis complètement dans l’air du temps littéraire, sans me vanter. Pourtant quand j’annonçais vouloir écrire le roman de ma vie, je ne pensais pas à mal. Car, c’est dans cet exercice d’introspection créatrice que je me sens le plus à l’aise, que j’ai du plaisir à écrire. Je ne me vois pas raconter une histoire imaginaire, c’est pas mon truc.

J’imagine que beaucoup de proches (familles et ex amis) ont sonné le tocsin et ont pensé : ça y est, il va tout balancer ! Balancer quoi ? Évidemment, quand on évoque sa vie, l’entourage et notamment sa famille sont amenés à apparaître dans ce roman autobiographique. Et quand cette famille est passablement déjà éparpillée « façon puzzle », avec en sus, des questions d’héritage en jeu (normal !), on comprend que l’on ait peur de s’en prendre pour son grade.

Que Nenni ! Et d’ailleurs, que dévoile le début du « roman digital gratuit et expérimental à épisodes » « La vie recommencée » dont ils ont si peur ?

Pas grand-chose de très croustillant à vrai dire. Je parle surtout de moi et c’est un peu moi qui prend des risques, littérairement parlant. Et quand je parle des proches sous des prénoms d’emprunt, c’est plutôt pour les flatter que pour les accuser ou les renier. Mais de quoi ont-ils peur ? Il n’y a véritablement pas de secrets de famille à ma connaissance, à part cette maladie que j’ai vécue, mais c’est de notoriété publique et je n’en ai pas honte.

L’avantage de ce roman en ligne est qu’au fil de l’écriture, on ait constamment au-dessus de son épaule le lecteur qui vous juge et, quelquefois, vous demande de rectifier, de changer ou d’arrêter immédiatement. Ce n’est pas comme le roman autobiographique de Yann Moix qui sort brutalement et, telle une bombe atomique , explose toute la haine d’un coup, déclenchant une déflagration si importante qu’elle ratatine tous les autres (bons) livres de la rentrée. Moi, au moindre signe, je suis prévenu que ça va pas être possible, pour l’instant en tout cas et j’arrête ou je me radoucie.

En fait, ce n’est pas que je plie, que je m’abaisse, que je me couche. C’est que vraiment, ça n’en vaut pas la peine. Le problème qui se passe, je pense, n’est pas dans la possibilité de dénoncer des choses factuelles (comme les sévices qu’auraient reçus les Moix dans leur enfance) mais d’entretenir cette haine qui ne prend aucunement sa source dans les problèmes de ma vie et de la leur. C’est une manière de détourner les choses. A moins qu’ils aient véritablement des secrets que j’ignore et, dans ce cas, ils ont des choses à cacher…

Alors voilà. J’ai décidé d’arrêter ou de suspendre « La vie recommencée » (de publier sur ce blog en tout cas). Mais je continuerai à écrire et cette partie de moi qui reste attachée à mes racines familiales mais aussi à mes amis proches ou lointains, s’exprimera et se livrera sous d’autres formes. La chance de l’écriture est qu’elle est libre et qu’elle s’invente chaque jour.

(18/9/2019)

Séparation

La porte s’est refermée tout doucement

Sans claquer, sans effarement. Et

Docilement, sans bruit, tu es partie.

Dire :  » Reste là près de moi,

Sèche tes pleurs, ne t’inquiète pas ».

Retenir le plus beau des serments.

Mère aimante, savante et amante,

Femme idéale du temps passant,

Garde en toi le mystère d’antan et présent.

Quand le ciel de ses tourments et l’humanité de ses noirs penchants

Secouent les êtres et les éléments indistinctement

Tu es le refuge des incertains et l’aube du soleil levant.

(16/09/2019)

Se bâtir une philosophie

Depuis la création de ce blog, écrivant des poésies, parlant de création d’écriture, de son origine, citant des auteurs et des philosophes, il me semble qu’une idée se développait, que se bâtissait une philosophie, « ma » philosophie. Je serais bien présomptueux de dire que je suis devenu un philosophe (à ce propos, je vous conseille d’écouter l’émission du vendredi de l’émission les « Chemins de la philosophie » sur France Culture où des philosophes sont invités à parler de leur « métier »). Je suis sans doute devenu d’abord philosophe avant d’être un philosophe, n’ayant aucune légitimité, sans diplôme, pour enseigner par exemple. Bâtir une philosophie, par rapport à soi et au monde, s’est fait dans mon cas en reliant ces écrits avec des expériences intérieures, intimes. Cette construction a permis de (re)donner du sens et une conduite de vie. Sans que cela soit calculé et réfléchi.

Il est des hasards que l’on n’attend plus et qui arrivent, même tard. Je ne voudrais pas m’étendre sur une expérience personnelle qui plus est intime. Mais cela montre à quel point toute recherche de la vérité fait se rencontrer d’un côté un être avec ses affects, sensations, intuitions et, de l’autre, des idées, concepts, des constructions déjà bâties venant du passé qui éclairent et des auteurs reconnus.

On ne peut pas créer soi-même sa ou une philosophie en ne partant de rien. A moins d’y passer sa vie, de la naissance jusqu’à la mort et dire, à la fin, « voilà ce que je crois, regardez mon parcours, mon comportement, j’estime, sans qu’il soit un modèle, qu’il est néanmoins louable ou tout du moins respectable ».

J’ai souvent évoqué le nom de l’essayiste philosophe Roland Barthes dans ce blog et j’avoue que, malgré qu’il soit mort depuis près de 40 ans, ses écrits ont permis de rectifier une trajectoire de vie qui aurait pu s’avérer fatale. Pour tenter de savoir ce qui se joue dans ce qui vous arrive, quand vous n’avez pas les explications, les mots ou éventuellement les conseils de spécialistes, vous devez aller chercher par vous-même et faire un travail d’enquête.

Quand le problème est ressenti au plus profond de votre être, c’est plus facile. Pas besoin de traitement, ni de médecin. Mais des livres, des lectures, des paroles, des pensées construites, intuitives et logiques suscitant l’interrogation, la réflexion. Et des livres de philosophie surtout ! Qui peut mieux que les penseurs donner quelques voies de sortie pour repartir sur une route plus sereine, avec en prime de l’entrain et de l’optimisme !

Depuis ce blog, mes raisonnements, mes échanges avec mon entourage se sont améliorés. Mieux, lors des fins de soirée, lorsqu’on refait le monde entre amis, je peux exposer de la manière dont je réussis à vivre dans ce monde si difficile, en acceptant bien sûr des autres leurs objections et leurs propres visions. C’est bien cela la philosophie… non pas seulement celle apprise au Lycée (désolé pour les Terminales qui font la rentrée des classes demain !), mais celle que vous prenez le temps de construire par vous-même aux travers des lectures et de vos propres expériences.

(1/09/2019)

La possibilité des nuits (suite)

Il y avait des nuits où la constellation était purement artificielle. Au lieu d’étoiles, dans le silence du monde nocturne, l’endroit confiné était bombardé de faisceaux lumineux. Dans les angles morts où les ombres dessinaient des silhouettes féminines, la nuit ouvrait des champs de désirs. Matthias aimait ces nuits en boîtes de nuit où le temps s’arrêtait. Les musiques ajoutaient au rêve les possibilités d’amours.

Les fêtes nocturnes se succédaient. Dans ce jeu organisé, tout était prévisible, rien n’était inconnu et mystérieux. Ce théâtre d’ombres où l’apparence primait faisait planer des mondes et aventures toujours inattendus, avec des possibles mais rien n’arrivait. L’aventure n’était celle que d’une complicité entre amis mais surtout la découverte d’une culture au travers des musiques diffusées au style post punk… Les révélations des groupes tels que U2, Indochine, Joy Division, La Mano Negra, Nuclear Device, New Order, The Cure prenaient plus d’importance que la recherche d’une « touche ».

Au cœur de la nuit, l’alcool, les cigarettes et quelques substances interdites rendaient Matthias et ses amis un peu comme les rois du monde, ce monde caché du soleil où tout avait des couleurs et saveurs différentes. Là était le lieu des « lâchers prises », dans la folie de la musique, de la danse, des rituels de séduction, des éclats de rire, des montées drôlatiques et des descentes flippantes, des entrées et sorties tout aussi peu nettes. Les années 80, une période que Matthias n’était pas prêt d’oublier…

La possibilité des nuits (suite)

Je me souviens d’une nuit d’été où passaient les étoiles filantes. Sur, une route déserte, dans le haut-var, nous étions quelques amis à revenir à pied d’un bal à quelques kilomètres de là. Le ciel, noir, était très étoilé et aucune pollution lumineuse ne venait gâcher le spectacle.

C’était le moment ou jamais de faire des vœux, puisque les météorites entrant dans l’atmosphère se manifestaient constamment par leur traînées lumineuses et, selon la coutume, c’était l’occasion de penser très fort dans sa tête (sans le révéler à quiconque) ce que l’on désirait le plus au monde, pour soi, pour les autres, pour le Monde. Vu le nombre de possibilités données par la quantité d’étoiles filantes (une toutes les 2, 3 minutes – et souvent plusieurs à la fois), donc autant d’occasions de faire de sa vie un rêve éveillé où tous nos désirs seraient comblés, pouvait-on vraiment cumuler les vœux ?

Je me souviens m’avoir posé cette question un peu idiote, puis d’avoir hiérarchisé mes choix, en finissant en première position par « obtenir le baccalauréat » ! Pas de rêve là-dedans, pas de chose à la hauteur de ce spectacle pourtant grandiose, fantasmagorique, mystérieux… Où l’Homme s’interroge sur sa place sur la terre et dans l’Univers et qui le place dans des questionnements métaphysiques. Y avait-il d’autres vœux qui auraient pu s’avérer plus utiles ? C’est possible…

Dans ce moment, la Nuit donc le spectacle de la Nature apportait des tas de possibilités. Elle nous les apportait sur un grand plateau d’argent. Des possibles bien trop grands pour nous, jeunes adolescents, et finalement trop grands aussi pour tous les hommes, ne sachant que faire avec ce cosmos magnifique et infini que les scientifiques explorent toujours…

(19/06/2019)

La possibilité des nuits (suite)

De ces quelques nuits, j’en avais retenu plus peut-être que les jours. « La nuit, tous les chats sont gris… » disait mon grand-père. Mes jours étaient toujours traversés par des existences partielles, jamais abouties, sujets aux contradictions, revirements constants, aux périodes successives et rapprochées d’euphorie et d’abattement, au doute bien sûr.

Perdu le jour, je retrouvais des chemins connus la nuit. Ceux qui nous donnent à voir, nos propres sentiments et émotions dans une introspection sereine et infinie, les auteurs et les interprètes aussi. Les faiseurs d’Art nous rendent moins seuls et nous sommes avec eux, dans un entre soi gourmand, loin du tumulte aveuglant de la marche du monde en perdition.

Pouvoir mourir en une nuit à défaut de partir, « mourir pour une nuit » comme chante Maxime Le Forestier. « Mourir comme on s’endort, faire la nique à la Mort… ». Puis, « renaître et vivre… » conclue t-il dans cette excellente chanson. Tout ce que la nuit vous apporte nourrit vos propres désirs… « Ecrire, c’est tuer le désir d’écrire » disait Roland Barthes. Et ce désir que l’on tue devient charogne immortelle.

La possibilité des nuits (suite chap. 1)

Les nuits ne sont pas égales. Comme les jours. Comme les moments d’une journée. Comme les années, les décennies, les siècles. Il y a des moments le soir où l’on attend tellement le lendemain qu’on se couche sans broncher, heureux de ce temps passé de la journée ou tellement épuisé qu’on n’attend que de s’allonger au cœur du silence ; où l’on espère tellement du lendemain, de l’importance qu’il revêt que, tel un sportif de haut niveau, l’on repose son corps et son esprit pour qu’au réveil un être neuf se dresse dans la clarté naissante du matin. Là aussi, j’aime me lever dans le silence, captant le moindre bruit. Celui des oiseaux, les premiers à se manifester comme un chant primitif. Tout doit être bruit premier, celui du vent dans les arbres, des gouttes de pluie tapotant sur les fenêtres, de chiens aboyant au loin…

Les nuits ne sont pas les mêmes. On le sait, le sommeil est réparateur ; Morphée vous berce en réclamant de vous les meilleures et moins bonnes choses de votre journée passée et établit un bilan. De rêves ardents aux cauchemars les plus effrayants ou grotesques, il renforce votre puissance d’exister et vous prépare aux jours futurs.

Au contraire des jours, les nuits sont linéaires (même si le sommeil passe par des stades différents) et vous êtes seuls avec vous-même, le silence et le monde. Là, tout est possible. Il n’y a plus de regards que le vôtre sur votre être. Là, du néant peut naître de nouveaux existants qui ne recevront de jugements que celui de votre folie et de votre conscience.

J’aime la nuit, sans être insomniaque, car elle met un peu tout le monde au même niveau. Elle affranchit les différences, repousse les contraintes et accorde des libertés sans limites.

… à suivre…

(8/06/2019)

Génèse des vies recommencées

Ce matin, après une nuit encore tourmentée, je me décide à écrire une histoire. Après avoir pris un bain, un déclic venant de je ne sais où me décide de la chose. Tout après je m’attable à mon bureau. Je dis « histoire » car c’est comme ça que je l’imagine. Je n’ose pas parler de roman, c’est bien normal.

Il se trouve que le bain après une nuit d’insomnie, au contraire de ramollir le corps et l’esprit, a cette tendance à vous faire réfléchir et même à décider de choses importantes. la nuit sans dormir y est sans doute pour quelque chose.

Dès lors que dans mon esprit il était clair que j’étais arrivé à un « point de rupture », que je n’avancerais plus sans prendre cette décision, il m’est venu tout un tas d’éléments que tout écrivain se pose avant d’écrire.

Le narrateur prendra t-il le « je » tel l’exercice autobiographique ou sera t-il le pronom « il » qui détacherait l’auteur de son histoire ?

Et s’il met en scène « le héros », comment s’appellera t-il ?

Comment, où et à quelles heures de la journée vais-je réaliser cet écrit ? Quel en sera le titre ? Comment construire ce roman ?

Ça peut sembler bizarre , mais à toutes ces questions que je me suis posées, j’avais immédiatement les réponses.

Ce petit texte n’est pas le début du livre que j’envisage d’écrire même s’il aurait pu l’être.

C’est une sorte de préface où plutôt une « mise en jambes ». Oui, une sorte d’entraînement avant les chose sérieuses.

Ce roman, ce récit, je vais le partager sur mon blog. Et cet écrit ne sera pas imaginaire. Il s’inscrit dans la vie, MA vie. Car je ne peux parler que de ce que je connais et ma vie est un roman qu’il est utile et plaisant de conter.

(6/06/2019)

Envie d’ailleurs

Nuages immaculés au-dessus des étroites rues,

Brises fraîches et légères qui les accompagnent,

Bleu profond du ciel et or étincelant du soleil

Je marche en m’engouffrant dans ce décor.

 

Et une douce chaleur envahit ma peau ;

Respirant profondément cet instant,

Humant les sons, les couleurs et les odeurs du quartier qui s’éveille,

Noyant dans mes sens tout ce qui m’apparaît.

 

J’imagine dans une autre ville,

Au même instant un décor différent ;

Des hommes, des voitures, des immeubles aussi

Mais une chaleur plus étouffante, écrasante.

 

Un sol mélange d’ocre, de pierres et de briques fendues

Où les peaux déjà sombres se protègent des rayons solaires.

Des marchés colorés bruyants

Et toi devant me souriant.

 

(18/04/2019)

La Nature est tout

La Nature est tout

Elle m’aide à être

Si je meurs

Je meurs

 

Je connais la Mort

Comme la Vie

J’en fais partie

Les deux sont Un

 

Je veux aimer

Pourtant tout le temps

C’est le plus important

Aimer à mourir

 

Car jamais l’amour trépasse

Il traverse l’infini

Mille étoiles le subliment

A travers le Cosmos

 

Cette pensée m’apaise

Et m’aide à réaliser

Que je suis rien et tout à la fois

Pour ne pas avoir peur

 

Jamais je ne changerai

Cet état est en moi

Si je dois mourir

Je mourrai et puis voilà

 

(6/03/2019)

 

 

 

 

 

Renaître

J’étais heureux avant toi aussi

J’avais mille projets rien qu’ici

Optimiste et confiant je restais, amoureux j’étais

Pour cela je n’aurais pas pris d’autres biais

 

Les enfants je les voyais et me rassuraient

Heureux aussi dans le tourbillon de la vie

Entourés des leurs, jamais insatisfaits

Portant leur jeunesse vers des chemins inconnus et joyeux

 

Pas de nuages dans cet équilibre parfait

Le soleil toujours après la pluie

Un printemps, un été puis l’automne

Un hiver glacial où tout se fige pour renaître à nouveau

 

(12/02/2019)

La fille abandonnée

 

Le bar abandonné lache ses derniers clients

Seule une ombre est encore assise à l’intérieur

Au-dessus flottent des volutes bleues

Julia c’est son nom boit une dernière bière

 

En s’approchant l’on devine un corps bien regroupé

Pressée de l’arranger sur de mille détails

la cigarette nerveusement consumée

La demoiselle remue et s’agite

 

En regardant d’un moment à l’autre

Et suivant un ordre mécanique

Ses chaussures, son smartphone

L’écran accroché au mur

 

Il n’y aura plus de bière servie, ni de télé allumée et bruyante

Ni d’appels, ni même de sms ou de notifications

Elle se lèvera et partira seule toute habillée de noir

 

(13/12/2016)

Tragique destin

Il n’est pas de ceux qui se laissent abattre
Dans ses cartes il a beaucoup d’atouts
Tel un funambule sur son fil il regarde devant
La tête droite, le regard fixe, les cheveux au vent

Bien sûr de ce piédestal, tout en assurance
Certains aimeraient le voir tomber, du moins se contrire
De ce destin imparable dont personne n’est coupable
La vie n’est pas un long fleuve tranquille

Que la morale guide de sa main de fer
Quelle que soit la manière
Chacun a le droit de conquérir sa Liberté
Pour le meilleur et pour le pire

(9/05/2018)

Poésie est magique !

Y a t-il un secret pour écrire une bonne poésie ? Non, pas de secret, pas de recette miracle, pas de magie… Il y a magie, oui, à l’arrivée, quand l' »œuvre » livrée résonne dans les oreilles de son auteur puis de chacun, parle à un imaginaire, un rêve dont nous tous avons fait l’expérience mais qui ne s’est pas cristallisé dans des mots et une musique particulière et sensible. Cette émotion, nous la ressentons tous, pour ceux qui en apprécient le rythme, les sonorités, le thème ou le message.

Lorsque j’ai commencé à écrire des poèmes, j’ai parlé de « fulgurance » à une amie. J’avais écrit trois poèmes de suite sans trop réfléchir à ce que j’allais y mettre. De l’improvisation totale pour satisfaire un besoin quasi vital. Ou une motivation telle de savoir que je pouvais le faire que je m’y suis mis corps et âme. Comme quelqu’un qui reprend une activité dont il a été privé longtemps et qui met tellement de cœur à l’ouvrage, de concentration, d’application, qu’il est lui-même surpris du résultat… (Je rappelle que je n’ai aucune prétention dans ce que j’écris mais que je suis satisfait de ce que je crée, c’est déjà un début !).

Ces premiers poèmes, je ne les ai pratiquement pas modifiés. Ce besoin d’écrire intervenait aussi dans un moment difficile de ma vie où tout se bousculait, autant sur le plan psychologique, sentimental que professionnel. Il fallait absolument que j’exprime mes états d’âme, mes douleurs et sentiments qui, eux aussi, s’entrechoquaient. Puis cette sorte de magie a opéré mais dans des conditions particulières : en pleine nuit, alors que le sommeil ne venait pas, les mots, les phrases, voire les rimes sont arrivés un peu d’eux-mêmes par la pointe de mon plume. Comme si ces mots et ces phrases existaient déjà en moi. J’exprimais alors tous ces sentiments heureux ou malheureux que je ressentais en y apportant une forme, un style qui n’était pas du tout recherché. Tout se construisait comme les pièces d’un puzzle qui était éparpillé. Mais je faisais bien attention à ne rien dévoilé de personnel ou intime. Ce que j’écrivais, tout le monde l’aurait aussi écrit. C’était de l’ordre de l’universel, de l’humain : où l’on retrouve toujours les mêmes thèmes : l’amour, le manque, la jalousie, la joie, la douleur, l’humour, etc…

Etant maintenant beaucoup plus stabilisé, l’inspiration poétique me vient moins naturellement. Et c’est justement par une recherche « précise » que j’envisage une nouvelle création. Je me donne d’abord un thème (avant c’était une sorte de « figure imposée ») puis je puise dans tout ce que l’esprit, la raison, l’imagination, les sentiments, la mémoire me donnent comme « matière première ». Il y a énormément de sources d’inspiration dans notre vie et nous ne le savons pas. Pour ma part, cette inspiration me vient des auteurs, des artistes en général, de la Nature et des gens que je rencontre.

(01/05/2018)

L’attente hâtive

Amour je ne te connais pas

Un soupir pourtant je perçois

C’est en lui que je crois

Le frisson ne ment pas !

Ma bouche cherche tes lèvres

Seront-elles farouches, pleines de fièvre ?

Elles seront un point c’est tout

J’en boirai la liqueur nous serons fous.

Il me tarde de te voir, c’est ta beauté qui importe,

Réveiller le lascif d’une âme qui transporte.

Plaisir. Plaisir, je serais bien…

Si bien en ce rêve tiède de nuques et de reins.

Chaud mon corps, brûlantes mes pensées

Viens ! Je t’attends, viens m’embrasser.

Georgesv & ElvireVolte (1/07/2020)

L’envolée

Emmène-moi en haut d’une calanque

Sentir le parfum des embruns

Donne-moi ta main et serre bien

De là-haut nous connaîtrons le divin

Cheveux lâchés au vent, caressante liberté

Pas assuré, pensées légères

Air chaud odorant, enveloppant

Geais, fauvettes tournent autour et dansent

Ici-haut rêve éveillé

Enlaçons-nous au bord du vide azuré

Plongeons nos yeux dans l’écume bleutée

Les cœurs suspendus, sans crainte

De tomber, peaux confiantes

Soleil, mer, roche et vent

Ne forment plus qu’un seul élément

Épousant deux chairs unies par

L’amour naissant…

Georgesv & ElvireVolte (1/07/2020)

Libre tu es

Tout seul

Sans personne

Je parle tout seul

Personne ne me répond

Les réponses pourtant nombreuses

Je parle à mon chat

Lui ne connaît que moi

Il sait, me répond car il sait

Ce qui est bon pour lui donc pour moi

Aujourd’hui sans lui je vis

Car je sais qu ‘on se retrouvera

Évidemment être chat est facile

Sans travail, sans obligation

Il a ses raisons qui sont devenues les miennes

Quel bonheur que ne compter que sur  soi

Dans la jungle de la vie

Proie tu es,  libre tu deviendras.

(27/06/2020)

Retrouvailles

 

Edwige, ton corps me chavire

Dans tes éclats de rire

Mes bras mes mains

Appellent les tiens

 

De tes courbes divines

Je veux faire un bien

Je ne veux pas te décevoir

Dans ce corps où tout peut déchoir

 

Nos bouches se joignent

Nos peaux s’empoignent

Nous sommes ailleurs

Nous n’avons pas peur

 

Cette nuit sera merveilleuse

Qu’elle soit rêveuse

Nos corps tremblants transis

Nous feront passer

 

La plus belle des nuits

 

(6/05/2020)